Agenda européen des migrations : "Non, vous n'avez pas une vision globale de la question migratoire"

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Je suis intervenue en commission "libertés civiles" le 7 janvier 2019 suite à la présentation par la Commission européenne des soi-disant "progrès" réalisés dans le cadre de l'Agenda européen en matière de migration.

Mon intervention est également accessible sur ma chaîne Youtube.

 

J'ai d'abord tenu à rappeler l'obsession de la Commission pour la réduction des "migrations irrégulières" alors que la plupart des migrations vers l'Union européenne sont régulières et que sur ce point, peu de progrès ont été faits.

J'ai également rappelé qu'il serait grand temps de mettre les Etats membres , et surtout ceux qui s'opposent à toute avancée en la matière, devant leurs contradictions, puisque la plupart d'entre eux, comme par exemple la Pologne sont ceux qui délivrent le plus de titres de séjours pour des raisons économiques au sein de l'UE.

Surtout, j'ai rappelé que 49 personnes sont bloquées en mer depuis 15 jours, dans la tempête face à l'immobilisme des Etats européens et ce alors même que 10 d'entre eux ont proposé de les accueillir. C'est une honte. Nous ne pouvons pas accepter que 10 Etats ne puissent pas trouver une solution pour l'accueil de 49 personnes. C'est hallucinant. Surtout quand on sait que si les traversées diminuent, les morts en mer eux, ne cessent d'augmenter et que l'UE continue d'être le continent le plus mortifère pour les migrants et qu'en plus de ça, de plus en plus de personnes sont renvoyées vers l'enfer libyen, par les soi-disant gardes côtes que l'Europe continue de financer alors même qu'on sait qu'ils sont coupables de violences.

Enfin, j'ai demandé à la Commission européenne où en était le dialogue avec la Bosnie parce qu'on sait qu'un certain nombre de refoulements ont lieu à la frontière avec la Serbie.

 

Voici le texte de mon intervention :

"Merci Madame la présidente, vous nous avez dit que vous pensez qu’il faut mettre en avant une vision globale des migrations. Je suis d’accord avec ça, mais c’est quoi une vision globale des migrations ?

Je vous ai bien entendu je ne pense avoir eu un moment d’inattention, vous n’avez parlé des migrations régulières que via un projet pilote. La réalité des migrations vers l’Europe c’est tout autre chose. Comme vous nous l’avez dit à juste titre le nombre des migrations « irrégulières » est revenu avant son niveau de 2015, le nombre de migrations régulières lui continue de progresser, on est à plus de 3 millions de titres de séjour délivrés pour l’année 2016, qui est la dernière année pour laquelle nous avons des chiffres exacts.

Tant qu’on continuera de parler des migrations en ne mettant en avant uniquement la question de migrations « irrégulières », en associant les problèmes de contrôles aux frontières à ceux de sécurité, on continuera à faire en sorte qu’une grande partie de nos concitoyens voient derrière la question migratoire uniquement un problème. Je crois que c’est un des cœurs du sujet.

D’autant plus que ceux qui s’opposent le plus à l’intérieur du Conseil à l’ensemble des dossiers qui sont sur la table sont notamment ceux qui acceptent le plus l’entrée de migrants sur le territoire européen. La Pologne est le premier pays de L’Union à délivrer des titres de séjours pour raison économiques : 60% des titres délivrés pour raisons économiques dans l’UE le sont par la Pologne.

Quand est-ce qu’on va regarder l’ensemble de ces chiffres et mettre les uns et les autres devant leurs contradictions ? Non, vous n’avez pas une vision globale de la question migratoire : la migration régulière ne se limite pas à un projet pilote, pas plus qu’elle ne se limite à la question du dossier carte bleu sur lequel il faut avancer.

La deuxième chose que je voulais dire : c’est bien de se féliciter de la diminution du nombre d’arrivées « irrégulières » sur le sol européen, mais il y a quelque chose qui me contrarie quand je vois qu’il y a eu 11300 arrivées en 2017 mais qu’il y a eu 2262 morts, c’est à dire 2% des traversées, un chiffre jamais atteint.

Au pire de la crise, en 2015, ce chiffre était de 0,35%. Cela veut dire que, non seulement le continent européen est le plus mortifère du monde, mais qu’il est de plus en plus mortifère pour les personnes qui traversent la Méditerranée. Que va-t-on faire par rapport à cela ?

Ce qui se passe avec le Seawatch est une honte, pour la Commission européenne, pour le Conseil européen pour l’ensemble des États membres.

32 personnes plus 17 sont baladées depuis des jours et des jours en pleine mer, ils ont passé le réveillon du jour de l’an en pleine tempête, et des États disent qu’ils sont prêts à les accepter mais ne sont pas capables de trouver une solution pour 49 personnes ! C’est quand même hallucinant.

Si l’on peut se féliciter de la diminution du nombre de ces traversées, il faut tout de même se demander pourquoi elles ont diminué ? Car de plus en plus de bateaux sont renvoyés vers l’enfer libyen, que l’on continue à financer des milices, avec des gardes côtes formés par l’Union européenne qui sont pris sur le fait de violences sur les migrants. À quoi servent ces formations ?  

Et dernière chose Madame la présidente, vous avez eu l’amabilité de me répondre à une question écrite que je vous avais posé sur la question des push-back et des violences policières à la frontière vers la Bosnie et la Serbie. Vous m’avez dit qu’il y avait un dialogue entamé avec la Croatie à ce sujet, j’aimerais bien savoir quelle est la nature de ce dialogue pour que ce genre de violences cessent ?"

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