Banon : la menace canadienne plane-t-elle toujours sur les fromages français ?

 Banon : la menace canadienne plane-t-elle toujours sur les fromages français ?

Je vous invite à lire l'article de La Provence sur le CETA.

Retrouvez l'article sur le site de La Provence : https://www.laprovence.com/article/papier/5177414/aop-banon-la-menace-ca...

Banon : la menace canadienne plane-t-elle toujours sur les fromages français ?

Depuis l'entrée en vigueur provisoire de l'accord économique entre l'Union européenne et le Canada (Ceta), la grogne est toujours vive chez les politiques. Dans les faits, pourtant, les exportations de fromage sont en hausse...

La Provence - 2 octobre 2018

Plus d'un an a passé. Et il suffisait d'être à Volonne samedi dernier pour se rendre compte que la colère est toujours présente, active, chez les anti-Ceta. Ce fameux accord économique et commercial entre l'Union européenne et le Canada, dans lequel plus de trente illustres fromages français - notamment, le fromage de Banon - bénéficiant d'une appellation d'origine protégée, pourraient perdre cette appellation de l'autre côté de l'Atlantique. Ces produits pourraient ainsi être fabriqués - ou copiés, pour les plus pessimistes - sans que les producteurs français n'aient à redire quoi que ce soit.

Depuis le 21 septembre 2017 - date de l'entrée en vigueur provisoire (lire encadré ci-dessous) du Comprehensive Economic and Trade Agreement - la grogne est toujours vive chez les anti-Ceta. Samedi après-midi, ils étaient une quarantaine réunis à Volonne pour une conférence-débat. Objectif ? Mobiliser les troupes pour poursuivre la lutte et la défense des produits dits "menacés". Parce que le banon, comme l'ossau-iraty basque, le brocciu corse ou le rocamadour occitan "pourraient tomber sous la coupe de grands industriels" comme s'en inquiétait l'eurodéputé José Bové dans nos colonnes l'an dernier. "On standardise les producteurs français. Si cet accord est signé, les industries pourront utiliser les appellations comme elles le souhaitent. Et ainsi les bafouer" disait-il encore...
Douze mois se sont écoulés. Pour l'heure, aucun industriel nord-américain ne s'est lancé dans la production massive de fromage français à la suite de l'accord. Au contraire, le volume d'exportations françaises de fromage au Canada est... en hausse de 8 % ! "Dès le départ, il y a eu un malentendu fondamental, explique Edouard Bourcieu, représentant de la Commission européenne en France pour les questions commerciales. Certains discours laissaient sous-entendre que les appellations pouvaient perdre leur protection, ce qui est totalement faux. Rien ne change sur le marché européen, où la protection reste totale pour toutes les appellations. Le Ceta permet une protection nouvelle au Canada pour les appellations qui en avaient le plus besoin. La France a transmis au cours des négociations une liste d'appellations pour lesquelles les intérêts au Canada étaient réels et où il y avait un risque d'usurpation. Elle est reprise dans les 43 appellations françaises qui sont intégrées au CETA".

53 : le nombre de produits laitiers français faisant l’objet d’une AOP à l’échelle européenne.

Dans laquelle certains fromages, dont le banon, ne faisaient pas partie. "Mais le Ceta prévoit également la possibilité d'ajouter des appellations à l'avenir si le besoin s'en fait sentir", ajoute Edouard Bourcieu. Le représentant de la Commission européenne comprend "les interrogations légitimes, sur les accords commerciaux. Mais il ne faut pas jouer avec les peurs comme l'ont fait certains. Il n'y a eu aucune ambiguïté sur les indications géographiques. Le tsunami annoncé des importations de viande de boeuf ou de porc du Canada n'a pas atteint les côtes européennes : : les importations françaises de viande en provenance du Canada ont baissé de 2,7% en 2018..."

Une formule qui ne convainc toujours pas les détracteurs du Ceta - dont l'opposition est essentiellement politique, à la gauche des hémicycles. "On ne voit pas trop bien ce que l'on a à gagner, dit la députée européenne Marie-Christine Vergiat. Depuis son entrée en vigueur provisoire, on ne mesure pas très bien les conséquences réelles pour nos agriculteurs, nos éleveurs. C'est encore assez flou. Mais la contestation est bien réelle. D'ailleurs, pour que l'accord soit définitivement ratifié, il faut que chacun des parlements nationaux donne son accord, et récemment, l'Italie a menacé de ne pas le voter." Une preuve de plus, selon l'eurodéputée, des inquiétudes concernant cet accord entre Union européenne et Canada - qui dépassent les frontières de l'Hexagone.

Au Palais Bourbon, ce sont les députés de la France Insoumise qui dénoncent cet accord. Bastien Lachaud, député de Seine-Saint-Denis, a posé la question en séance plénière à l'Assemblée nationale. Plus localement, les membres d'Attac 04 poursuivent leurs actions via le collectif "Stop Ceta", comme la conférence de samedi à Volonne.
Et les producteurs de banon ? Au syndicat de l'AOP, on se tient au discours de base : vu le niveau d'exportations de formage outre-Atlantique, "le Ceta ne change pas grand-chose". Le petit fromage plié dans la feuille de châtaignier devrait survivre à l'attaque venue de l'envahisseur nord-américain. Et qui sait, peut-être même gagner en notoriété au Canada grâce à la disparition des taxes douanières... 
Pourquoi une entrée en vigueur provisoire ?
L’Accord économique et commercial global (AEGC) entre l’Union européenne et le Canada (CETA) réduit drastiquement les barrières tarifaires et non-tarifaires, doit permettre aux entreprises canadiennes et européennes de participer aux marchés publics, de services et d’investissements de l’autre partenaire et renforcer la coopération entre le Canada et l’Union européenne en termes de normalisation et de régulation.

Pourquoi, alors, le Ceta n’est entré en vigueur que provisoirement ? Car l’application concerne seulement "la partie couverte par la compétence européenne en matière commerciale, qui a été ratifiée par le Parlement à une très large majorité".
Pour l’heure, seuls douze états membres sur 28 ont ratifié le Ceta - la France devrait se pencher sur le dossier début 2019, une fois qu’elle aura obtenu le résultat de l’étude d’impact engagée sur cet accord commercial. Il faudra au total l’accord des 43 parlements nationaux et régionaux de l’Union européenne pour une entrée en vigueur totale - ce qui devrait prendre trois à quatre ans, comme l’impose la mise en œuvre d’un tel traité.

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Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche