Communiqué de presse : Conseil Européen sur la migration : un sommet "extraordinaire" pour rien

Après la colère à la lecture du plan en 10 points proposé par Dimitris Avramopoulos au Conseil des ministres des Affaires étrangères et de l'Intérieur, ce lundi, c'est avec consternation que nous avons découvert les mesures annoncées par les chefs d'État et de gouvernement pour, nous disent-ils, "éviter toute nouvelle perte de vies humaines". A réunion "extraordinaire", mesures extraordinaires ? On en est loin.  D'extraordinaire, cette réunion n'en a eu que le nom.

Loin de se montrer à la hauteur de la crise humanitaire qui est devant nous, de leurs responsabilités en ce domaine, des obligations internationales qui pèsent sur eux et des valeurs dont ils aiment se prévaloir, les chefs d'État et de gouvernement ont choisi de persister dans les mêmes politiques. On est à la limite du cynisme.

Que proposent-ils au final ? "Renforcer la présence de Frontex en mer, lutter contre les trafiquants, prévenir les flux migratoires illégaux" et prétendent-ils " renforcer la solidarité et la responsabilité interne".

Alors que l'urgence était à la mise en place d'une opération communautaire d'envergure de sauvetage en mer et au développement de voies légales pour les migrants et les réfugiés et à une libéralisation des visas, au moins humanitaires, on nous annonce un triplement du budget de Frontex. Or, cela fait des mois qu'on ne cesse de répéter que Frontex n'a pas pour mandat de faire du sauvetage en mer.

Il n'est plus temps de tergiverser. L'Italie l'a rappelé : 48h suffisent pour remettre en place une opération d'envergure comme  Mare Nostrum. C'est ce qu'il faut faire au niveau européen sans attendre la bonne volonté des États membres.

Dans leur "extrême générosité, ceux-ci envisagent d'accueillir 5 000 réfugiés syriens alors qu'il y a  plus de 8 millions de déplacés. La Turquie, le Liban et la Jordanie accueillent à eux seuls plus de 2,5 millions de Syriens. La France annonce qu'elle augmentera son quota de 500 à 700 !!! Quel effort !

Pire encore, les États membres demandent aux  États du voisinage de l'UE de bien vouloir renforcer leurs efforts et donc de continuer à faire toujours plus de sous-traitance de la politique migratoire de l'UE. Un seul exemple : la Tunisie accueille déjà aujourd'hui plus d'un million de réfugiés libyens. Les États européens devraient plutôt suivre son exemple...

Et sans même parler de la poursuite du processus de Khartoum avec les pires dictatures d'Afrique pour qu'elles convainquent leurs ressortissants de ne plus migrer. De qui se moque-t-on !

Comble du cynisme, on nous annonce la mise en place de nouvelles procédures de retour accélérées pour atteindre les 150 000 retours d'ici la fin de l'année. Et l'on commence à nous expliquer que ce sont désormais plus des migrants économiques que des réfugiés qui embarquent sur les bateaux.
Enfin, les États membres font des passeurs et des trafiquants les seuls responsables de la situation, et l'on va envoyer des bateaux militaires pour les arraisonner et les détruire. Or si les passeurs et les trafiquants ont effectivement de lourdes responsabilités, ils ne font que profiter des conséquences de la fermeture des frontières. La chasse aux trafiquants risque même de se retourner une fois encore contre les migrants à qui on fera prendre encore et toujours plus de risques.

Ce sommet, comme l'ont dit nombre d'ONG, est un Sommet de la honte. Honte du jour où les gouvernements et chefs d'État et de gouvernement des États membres de l'UE ont renoncé à assumer leurs responsabilités, à se montrer solidaires et à offrir aux réfugiés la dignité et le minimum d'humanité à laquelle ils ont droit.

Au final, on a l'impression que ce n'est qu'un vaste plan de communication pour répondre à la montée de l'émotion dans l'opinion publique.

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Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche