Coup de colère après l’assassinat de Mohamed Brahmi : Qu’ont-ils fait de l’espoir des peuples de Révolutions arabes

27/07/2013 - En janvier 2011, le renversement de   Zine el-Abidine Ben Ali a soulevé un immense espoir dans ce qu’il est convenu d’appeler le monde arabo-musulman. Des dizaines d’hommes et de femmes se sont soulevés contre leurs dictateurs dans de nombreux Etats. Les tyrans n’ont été renversés que dans quelques pays et ailleurs, la répression a souvent été féroce.Qu’en est-il aujourd’hui ? Le bilan est pour le moins contrasté, voire lourd.

L’assassinat de Mohamed Brahmi, à peine six mois après celui de Chokri Belaïd, sans doute par le même homme si l’on en croit les dernières informations, démontre l’impuissance du gouvernement provisoire tunisien, censé n’être là que quelques mois, le temps d’adopter une nouvelle Constitution. Un mort a, de surcroît, déjà été recensé à Gafsa après la répression des manifestations qui ont suivi cet odieux assassinat.En Egypte, on recense plus de 200 morts depuis le renversement par un coup d’Etat militaire de Mohamed Morsi et les affrontements entre anti et pro-Morsi semblent se multiplier. L’armée est donc loin d’avoir ramené l’ordre et ce n’est pas dans un tel climat que les justes revendications de la population égyptienne pourront obtenir satisfaction.En Lybie, hier encore, un des principaux artisans du renversement de Mouammar Kadhafi a, lui aussi été assassiné.Et ne parlons même pas de la situation en Syrie pour laquelle l’ONU fait depuis des mois preuve de son impuissance en laissant un dictateur massacré son peuple et le Conseil de sécurité faire étalage de ses divisions entre pays occidentaux et pays émergents en vertu d’intérêts diplomatico-stratégiques bien supérieurs à quelques milliers de vies humaines.Alors la question que je veux mettre en avant aujourd’hui est : qu’en est-il du rôle de l’Union européenne et de ses Etats membres, chantres de la démocratie, de la liberté et des droits de l’Homme partout à travers le monde. Jusqu’en janvier 2011, ils n’ont rien dit et se sont même largement accommodé des régimes en place. Quelques jours avant la chute de Ben Ali, Catherine Ashton en appelait à un « usage modéré de la force » selon une formule diplomatique bien connue. L’Italie et la France géraient leurs immigrés clandestins grâce à des accords de réadmission au mépris le plus élémentaire des conventions internationales et la Tunisie, dont on vantait le modèle, était en passe de signer un accord de partenariat privilégié avec l’UE en matière économique essentiellement bien sûr. Et j’en passe…Révolution oblige, du jour au lendemain, changement de discours radical. Il fallait aider les printemps arabes et on a organisé une conférence des donateurs qui devait faire couler des milliards sur ces pays pour accompagner leur transition démocratique. Et beaucoup de gens doivent naïvement croire en Europe et ailleurs que tel a été le cas.Or, il n’en a rien été. En fait de milliards, rien n’est venu ou presque ? Seuls quelques dizaines de millions ont effectivement été versés et des pays comme l’Allemagne ont condescendus à reconvertir une partie de la dette ancienne vers de nouveaux investissements (quelques dizaines de millions là encore et sous condition que cela profite à des entreprises allemandes). Mais la France et l’UE principaux créanciers de la Tunisie n’ont même pas suivi ce petit plus permettant de soulager le poids de la dette. Que l’on sait pourtant odieuse, c’est-à-dire qu’elle a largement profité aux dictateurs et à leurs proches. Au contraire, ils ont continué d’aggraver le poids de cette dette en la conditionnant à des « réformes structurelles » et dans l’UE, on sait maintenant ce que cela veut dire puisque c’est le leitmotiv qui guide désormais les politiques austéritaires à l’intérieur de l’UE et qui ont déjà fait tant de mal notamment en Grèce, en Espagne et au Portugal.Pire, l’accord de partenariat, le même que sous Ben Ali, a été remis sur la table et il n’y est question quasiment que de libéralisation des services et de l’agriculture dans l’intérêt bien senti des grandes entreprises européennes et notamment celles de l’agro-alimentaire. Ces entreprises qui n’ont d’européennes que le siège social et qui passent leur temps à faire de l’optimisation, voire de l’évasion fiscale, et détruisent des milliers d’emplois sur le territoire de l’UE.Alors, je dis trop, c’est trop.J'ai honte d'être française, j'ai honte d'être européenne et d'être représentée par ces gens-là au plan international.Mais moins que jamais cela ne doit nous empêcher pour autant d'agir et d'être plus que jamais solidaires des peules du sud et notamment de ceux et de celles de l’autre rive de la Méditerranée, qui luttent pour leur dignité et leur liberté.Disons avec eux, un autre monde est possible construit sur les valeurs, non de compétitivité et de concurrence mais de solidarité et de coopération. C’est vrai ici, c’est vrai là-bas.

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