En Libye, c’est la loi des milices. Les garde-frontières formés par l’UE ne contrôlent pas grand chose

En Libye, c’est la loi des milices. Les garde-frontières formés par l’UE ne contrôlent pas grand chose

Délégation en Tunisie, Libye, migration, accords de réadmission, droits de l'Homme...

J'ai été interviewée par B2 Bruxelles 2, retrouvez mon interview ici 

La députée de gauche unie, Marie-Christine Vergiat (GUE / NGL, FR) a été avec six autres eurodéputés de la commission des Libertés publiques, en Tunisie, du 18 au 22 septembre, pour évaluer la coopération en matière de gestion des migrations » entre l’Union européenne et ce pays mais aussi la Libye voisine. Son point de vue...

Pourquoi être allée en Tunisie et pas en Libye ?

M-C.V. – Nous voulions nous rendre en Libye. Mais les conditions de sécurité ne sont pas réunies, et les possibilités d’obtenir un visa nulles. La représentation de l’UE et des organisations internationales, comme le HCR, ont d’ailleurs trouvé refuge à Tunis. Lorsque les équipes se rendent en Libye, cela dure un maximum de 24 à 48 heures.

Qu'avez vous appris malgré tout de plus sur la Libye ?

M-C.V. – La première leçon de cette mission c’est que personne ne contrôle le territoire libyen, ou plutôt c’est la loi des milices. Au retour, nous avons plus d’inquiétudes que de réponses à ses questions. Ce qui n’est malheureusement  pas une grande surprise en soi.

Avez-vous obtenu des garanties sur l’utilisation des fonds de l’UE et le respect du principe de non refoulement ?

M-C.V. – On nous a dit que les fonds européens servent surtout à former les garde frontières. Or ces garde-frontières sont sous l’autorité du GNA (le gouvernement libyen d’Union nationale, reconnu par la communauté internationale). Ils ne sont que 2000 à 3000. Ils ne contrôlent que la côte autour de Tripoli. Quelques dizaines seulement sont en cours de formation. C’est donc dérisoire par rapport au contrôle des frontières.

Il est donc illusoire de parler respect des droits de l'Homme ?

M-C.V. – Lorsque ces garde-côtes ramènent des personnes sur le territoire libyen, des organisations internationales comme le HCR et l’OIM seraient présentes lors des débarquements. Mais après, ce qu’il se passe, personne n’en sait rien. Or, si l’on revient à la situation du territoire libyen, nous savons que les atteintes aux droits de l’Homme sont massives envers les Libyens et les migrants. On sait aussi que la situation dans les centres de rétention est dramatique. Tous ces centres de détention devraient être fermés et remplacés par des organismes ouverts gérés sous les auspices des Nations Unies, nous ont exhorté les représentants du HCR.

Le trafic s'est ralenti, des Etats européens n'y seraient pas étrangers ?

M-C.V. – Des États sont effectivement prêts à payer des trafiquants ou des garde frontières pour que les migrants ne partent pas vers l’Europe. Cela nous a été confirmé.

Pour revenir sur la situation migratoire en Tunisie, qu'avez vous observé ? 

M-C.V. – La présence des migrants est réelle. La question qui se pose c’est si les mouvements vont repartir vers et à partir de la Tunisie pour l’Europe, alors que les flux libyens vers l’Italie ont fortement diminué, comme l’expliquait Frontex devant la commission en octobre.

Dans un communiqué de la mission, vous évoquez des "lacunes dans la loi actuelle sur les migrations" en Tunisie. De quelles lacunes s'agit il ? 

M-C.V. – La Tunisie n’était pas une terre d’immigration. Elle n’a donc pas de législation, même sur le droit d’asile. Beaucoup de personnes sont donc dans des situations de non droit absolu. C'est cela qui est source de tensions. La Tunisie doit commencer à se considérer comme une terre d’immigration et adapter son appareil législatif en conséquence, notamment par l’adoption d’une loi sur l’asile, une loi contre le racisme et la suppression des pénalités pour les séjours irréguliers qui entravent même les migrants qui souhaitent retourner chez eux. Nous avons eu plusieurs témoignages de personnes nous expliquant qu'elles avaient finalement fait le choix de repartir dans leur pays, mais elles étaient coincées en Tunisie faute de pouvoir acquitter cette taxe.

Concernant les migrations légales entre l’UE et la Tunisie, les négociations sur la procédure de délivrance de visas ont commencé en octobre 2016. Que retenir pour la suite des travaux de la commission ? 

M-C.V. – Ces négociations vont redémarrer fin novembre. Concernant la libéralisation des visas, une des questions clés reste la reconnaissance réciproque des diplômes par l’Union européenne. Au Parlement, nous avons toujours poussé pour que ce soient toutes les catégories confondues qui puissent entrer plus facilement et pas uniquement les personnes qualifiées, comme avec le projet de blue card. C’est d’ailleurs un non sens car nos grandes écoles fournissent assez de diplômés. Nous avons plutôt besoin de main d’oeuvre peu qualifiée. 

… et qu'en est-il des accords de réadmission ? 

M-C.V. – Je précise que je suis opposée à ces accords. Ce qui a bloqué avec la Tunisie jusqu'à présent c'est que Tunis est prêt à réadmettre ses ressortissants mais pas ceux ayant seulement transité par la Tunisie. Or l’Union européenne demande de plus en plus le retour de ceux qui sont passés par le pays. C'est aussi ce qui fait qu’un pays de transit se transforme en pays d’immigration.

Tout juste après votre mission, début octobre, une collision a eu lieu en Méditerranée entre des garde côtes tunisiens et un bateau de migrants. Avez vous pu avoir des informations ?  

M-C.V. – Nous sommes dans l'attente d'informations pour comprendre ce qui a pu se passer. Mais lorsque j’ai appris cet événement, j’ai fait le lien avec ce qui nous avait été rapporté concernant des tensions dans les eaux territoriales, et notamment la présence de bateaux de trafiquants.

(propos recueillis par Emmanuelle Stroesser)

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Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche