Intervention sur la mémoire historique dans la culture et l'éducation dans l'Union Européenne.

Au parlement européen, on vit souvent des moments surréalistes. Tel fut le cas ce mardi 17 septembre en commission Culture et Éducation avec la présentation d'un rapport sur la mémoire historique dans la culture et l'éducation dans l'Union Européenne présenté par le député européen polonais Mr MIGALSKI, membre du groupe ECR.
Petite précision: au Parlement Européen, les rapports sont distribués, avec plus ou moins d'équité, entre les différents groupes en fonction de leur nombre de membres.

Intervention en Commission Culture et éducation du 17 septembre 2013 - Ce rapport porte "sur la mémoire historique dans la culture et l'éducation dans l'Union Européenne".
Nos collègues d'Europe de l'Est ont une vision de l'Histoire différente de la nôtre, et on peut le comprendre. Néanmoins, je ne peux adhérer à la logique du rapport de Mr MIGALSKI, ce que j'ai déjà eu l'occasion de dire lors de notre premier échange, tant il porte une vision purement négative de l'Histoire de l'Est qui ne commence pas au XXème siècle. Il parle essentiellement sur les pays de l'Est de l'UE. Il occulte à quelques mots près le fascisme et les dictatures qui ont sévi dans l'Europe du Sud: en Italie, en Espagne, au Portugal et en Grèce. Ces dictatures ont couté la vie à des centaines de personnes parmi lesquels de nombreux militants communistes, y compris sous le nazisme en Allemagne et en France.
C'est une insulte à leur mémoire que de refuser de parler a minima de régimes totalitaires communistes (et on le faisait habituellement jusqu'ici dans la prose européenne) et même plus précisément de stalinisme.
Je ne peux souscrire non plus à la proposition de notre rapporteur de mettre un signe "égal" entre nazisme et communisme : c'est faire insulte à la mémoire des centaines de milliers de Juifs qui ont brulé dans les camps de concentration. De ce point de vue, je ne comprends pas la rédaction du paragraphe 4.
Par ailleurs, je suis pour le moins étonnée de l'absence de référence aux historiens et au fait que, pour notre rapporteur, il semble normal que ce soient les États qui définissent l'histoire de leur pays - mais je fais peut-être une mauvaise interprétation.
Pour ce qui concerne mon propre pays, qui a eu tant de mal à dénoncer les crimes du régime de Vichy et sa participation au nom de l'État français à l'holocauste ; qui a encore tant de mal à accepter les violences et les assassinats d'Algériens sur son propre territoire pendant la guerre d'Algérie ;  qui a tant de mal à reconnaitre les méfaits du colonialisme, notamment par rapport aux jeunes générations que l'on dit "issues de l'immigration". Tout cela, ce "deux poids, deux mesures" justement, est incompréhensible. L'équilibre n'y est pas.
Pour ma part, je ne sais pas ce que c'est que la "vérité historique". Elle a une connotation de vérité officielle qui est contraire à ma façon de voir l'Histoire dont je suis passionnée.
L'écriture de l'Histoire ne relève pas de la compétence des États, mais de celle des historiens et des débats qu'ils savent mener entre eux.
Quand les politiques se mêlent d'écrire l'Histoire, il y a toujours danger d'instrumentalisation - car de tous temps, ce sont toujours les vainqueurs qui ont écrit l'Histoire. Je vais prendre un exemple propre à l'Histoire de France dans laquelle on est fier de parler de nos ancêtres "Les Gaulois". Longtemps, ils ont été vus comme des barbares, des hommes incultes et violents. Ce n'est que depuis quelques années, grâce aux travaux des archéologues et des historiens que l'on commence à connaître la réalité de ce qu'étaient les Gaulois. Pourquoi? Parce que notre vision de l'Histoire de France avait été écrite par Jules César.

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