L'accueil des migrants malades en France

L'accueil des migrants malades en France

Lors d'une conférence au Parlement européen sur l'accès aux soins des migrants, je suis intervenue pour faire un point sur la situation en France, et les restrictions insoutenables que le gouvernement français impose sur l'accès aux soins des migrants malades. Comme l'a dit Martin Luther King, « De toutes les formes d'inégalité, l'injustice en matière de soins médicaux est la plus révoltante et la plus inhumaine »
(25 mars 1966).

Intervention lors de la conférence "Avec les migrants, pour les migrants : améliorer la prévention du SIDA pour tous"
30-11-2010

Il m'est difficile de parler de la situation des malades du SIDA tant l'évolution française est pour le moins malsaine en ce domaine.
Il y a une vingtaine d'années, j'aurais pu vous dire que j'étais assez fière des politiques qui étaient conduites dans mon pays car les personnes atteintes de maladies graves et notamment du SIDA étaient à peu près sure d'être accueillies en France et d'y bénéficier de soins appropriés dès lors que le niveau sanitaire dans leur pays ne pouvait leur apporter les même soins.
Avec la mise en place de la CMU à la fin des années 90, on a même pu croire que l'essentiel des problèmes de prise en charge sociale pouvaient de surcroit être assurés.

Or, depuis 2002, les lois sur l'immigration se sont multipliées et nous avons vu se mettre en place un véritable arsenal législatif qui vise non seulement à renvoyer tous les immigrés en situation irrégulière tout en fragilisant même ceux qui étaient en situation régulière.
Ces derniers mois, la situation a encore empiré, puisque les titres de séjour pour raisons sanitaires se sont peu à peu rétrécis.
La motivation clairement exprimée par les parlementaires français auteurs des amendements législatifs est que "la France ne peut soigner toutes les maladies du monde".
Il est question de transformer la notion de non accès effectif au traitement approprié dans le pays d'origine à celui d'inexistence de traitement approprié. La nuance est de taille et elle a malheureusement été, sauf erreur de ma part, plus ou moins entérinée par une décision de la CEDH.

Pire, il est question de faire disparaître l'aide médicale d'Etat (AME), longtemps conçue pour tous ceux qui n'avaient pas droit à la protection sociale dans le cadre des réglementations françaises, l'AME est désormais quasiment réservée aux étrangers en situation irrégulière. Et c'est cela qu'il est aujourd'hui question de supprimer.
Cela veut dire que les rares étrangers qui seront encore accueillis en France pour se faire soigner devront avoir les moyens de payer leur traitement.
C'est d'un cynisme absolu vis-à-vis des personnes atteintes de maladies longues et coûteuses comme le SIDA.
J'oserai rappeler que la France est la 5eme puissance du monde, que les écarts entre les plus riches et les plus pauvres ont littéralement explosés au court des 30 dernières années et qu'un minimum de solidarité devrait pouvoir s'y exprimer car la France, compte tenue de sa situation devrait pouvoir contribuer à "prendre en charge une partie de la misère du monde" pour paraphrase un ancien premier ministre français.
Militante des droits de l'Homme, je suis pour une approche par les droits, des droits identiques pour tous ceux qui vivent sur un territoire, indépendamment de leur nationalité, et quand il s'agit du droit à la santé, aucune condition ne doit être requise.
Malheureusement, la France, qui ose encore se dire la patrie des droits de l'Homme, avec son gouvernement actuel n'en prend pas le chemin car la dernière intervention que nous venons de découvrir est encore pire que tout ce que je vous ai dit jusque là puisque nous venons d'apprendre que les préfets donnent des consignes aux centres d'hébergement d'urgence pour qu'ils refusent les étrangers en situation irrégulière. Ce qui est un comble.
Nous venons même de voir un cas où les parents ont été jetés dehors dans le froid mais où ils ont quand même gardé les enfants.
Pour moi, l'aide sociale est universelle tout comme le droit de vivre en famille, le droit au logement et le droit à la santé.
En matière internationale, un philosophe français a utilisé l'expression de racisme diplomatique montrant que la vie humaine n'avait pas le même poids selon les continents mais cette "gangrène" existe aussi sur notre continent dans le cadre de cette Europe forteresse qui se replie sur elle-même au lieu d'ouvrir ces portes sur l'avenir.
Je pense donc que nous avons une bataille à mener ensemble notamment au sein de ce Parlement pour que les droits fondamentaux redeviennent des droits véritablement universels et indivisibles.

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Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche