Le blacklistage de la Tunisie, une manœuvre européenne - BusinessNews.com

Le blacklistage de la Tunisie, une manœuvre européenne - BusinessNews.com

Retrouvez l'article de BusinessNews.com ici revenant sur la conférence de presse que j'ai donné à Tunis hier matin à la fondation Rosa Luxembourg - Bureau pour l'Afrique du Nord.

Plutôt un bon résumé de ce que j'ai dit même si j'ai été plus sévère sur la question et que je n'ai rien exprimé à contre cœur en ce domaine. Bien au contraire.

L'inscription de la Tunisie dans les deux récentes listes noires européennes serait, selon l’eurodéputée Marie-Christine Vergiat une « manœuvre pour faire pression sur la Tunisie afin qu’elle accepte certains dictats ». Lors d'une conférence de presse organisée ce mardi 27 février 2018, par le bureau Afrique du Nord de la Fondation Rosa Luxemburg, Marie Christine Vergiat donne sa lecture des récents blacklistages ayant touché la Tunisie.

La Tunisie a été sidérée par les décisions européennes la classant dans une première liste noire des paradis fiscaux, puis ns une seconde réservée aux pays tiers susceptibles d’être fortement exposés au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme. Des blacklistages qui ont été accueillis par l’incompréhension des Tunisiens qui ont blâmé les dirigeants du pays et, à leur tête, le gouvernement.

L’élue européenne Marie-Christine Vergiat a été le porte-parole de la Tunisie lors de la plénière objectant contre l’ajout du pays dans la liste noire des pays tiers susceptibles d’être fortement exposés au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme. Elle avait introduit au Parlement Européen au nom du groupe Gauche Unitaire Européenne/Gauche Verte Nordique (GUE/NGL), la résolution objectant cet acte délégué de la Commission Européenne. Au final, la résolution n’avait pas abouti n’ayant pas obtenu la majorité absolue pour que la Tunisie soit retirée de cette liste.

Mme Vergiat a souligné que « personne n’a été prévenu de la décision du Conseil ECOFIN pour la classification de la Tunisie en tant que paradis fiscal ou celle de la Commission européenne ajoutant la Tunisie à une liste noire des pays tiers susceptibles d’être fortement exposés au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme, 8 jours après ». Elle a souligné que « si le parlement européen ne peut pas interférer dans les décisions du Conseil ECOFIN, il peut, par contre, s’opposer aux décisions de la Commission européenne ». « Les mécanismes sont assez complexes. Ce qu’avait tenté de faire certains députés en commission en janvier et en plénière en février », précise-t-elle.

Incompréhension des eurodéputés

Marie-Christine Vergiat a affirmé que plusieurs élus européens n’ont pas compris ce que faisait la Tunisie sur cette liste, qui regroupe principalement des pays en guerre, ce qui est, selon elle, «un amalgame assez invraisemblable». Autre constat, la députée indique que la dernière classification en date de la Tunisie a été basée sur une évaluation du GAFI qui datait de novembre 2016, alors qu’il y a plusieurs pays qui n’ont pas été inquiétés sachant que leurs notations remontent à quelques années, comme le Maroc dont la notation date de 2005. « Ainsi, alors que la Tunisie fait preuve de bonne volonté, elle est sanctionnée, ce qui est incompréhensible ! », dit-elle estimant que si on réévaluait plusieurs pays, notamment ceux du MENA, ils seront surement tous sanctionnés.

«On ne comprend pas pourquoi la Commission a accéléré sa décision», a-t-elle déclaré, en soulignant qu’au contraire, «la Tunisie devrait être protégée et accompagnée et non pas être montrée du doigt !».

La Tunisie n’a rien avoir avec la Libye, par exemple, qui aurait dû être placée sur cette liste mais qui ne l’est pas, de même que plusieurs pays du Golfe connus pour leur soutien au terrorisme, a-t-elle spécifié. D’ailleurs, elle fait remarquer que la liste ne comprend que 11 pays alors qu’il y a des dizaines de pays qui coopèrent avec l’Union européenne : il y a des accords politiques avec certains pays qu’on ne touche pas comme avec l’Egypte et l’Arabie Saoudite à qui on vend des armes. «Il y a des enjeux politiques qui n’honorent pas l’UE. L’UE donne des leçons de démocratie et de droits de l’Homme, alors qu’elle est prisonnière des politiques étrangères de ses pays membres», a-t-elle martelé.

Une objection rejetée mais un message fort de soutien

L’élue a indiqué que le parlement européen fait pression depuis des années pour que la commission fasse son évaluation pays par pays et pour que l’UE dispose de son propre instrument d’évaluation, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

« Le parlement européen a tenté de s’opposer à la décision de la commission mais il fallait une majorité absolue, ce qui n’a pas été le cas 19 voix manquantes. 357 étaient pour la résolution alors que 376 voix étaient requises pour qu’elle passe », a-t-elle noté.

«L’objection est rejetée mais le Parlement envoie un message fort de soutien», a-t-elle estimé, rappelant le communiqué du Front de Gauche qui a suivi le vote du parlement : «Aujourd’hui, je me félicite qu’une majorité de députés (357 pour, et 283 contre) ait voté en faveur de l’objection mais c’est malheureusement insuffisant pour son adoption puisqu’une majorité absolue des membres du Parlement européen était nécessaire, soit 376 voix. Nous avons néanmoins envoyé un signal fort à la Commission qui a promis une réévaluation rapide de la situation de la Tunisie. Plus vite ce sera fait, mieux ce sera».

L’arbre qui cache la forêt

Le comportement de la commission est incohérent, a estimé Mme Vergiat, expliquant que malgré le fait que le Groupe d'action financière (GAFI) a corrigé sa classification de la Tunisie, la Commission européenne a campé sur ses positions et a usé de son pouvoir pour essayer d’influencer certains eurodéputés en les raliant à sa cause et voter contre la résolution. Ainsi, pour elle, des députés comme Eva Joly et Ana Gomes, grands amis de la Tunisie et qui ont voté contre l’objection, ne l’ont fait que pour être cohérents avec les batailles menées auparavant.

Répondant à une question de Business News sur les vraies motivations de la commission, Marie-Christine Vergiat a livré sa propre lecture des faits. Pour elle, la commission reproche à la Tunisie les réformes structurelles qui piétinent et avec elles les négociations de libre-échange. La mise en place de l’ALECA traine, ce qui déplait fortement à la commission, surtout que cette dernière essaye de faire pression sur la Tunisie, pour qu’elle accepte certaines clauses que le pays juge être pas dans son intérêt. Parmi les sujets de désaccords, la question de mobilité et l’accord de facilitation des visas ainsi que celle de la reconnaissance des diplômes.

C’est une mauvaise pression qui veut libéraliser l’économie tunisienne considérée comme trop publique à leur goût et notamment le secteur des services, a-t-elle expliqué.

Elle a estimé par exemple que le Maroc ou la Turquie avaient des instruments de pression et des rapports de forces avec l’UE dont la Tunisie ne dispose pas, d’où ces sanctions politico-économiques qui fait passer un mauvais message aux investisseurs et aux créanciers alors que le pays s’apprête à sortir sur le marché international pour un prêt.

Pas d’ingérence dans les affaires tuniso-tunisiennes

«Je soutiens la Tunisie et les Tunisiens et j’évite de faire de l’ingérence interne», a soutenu Marie-Christine Vergiat en réponse à des questions sur la responsabilité du gouvernement dans cette classification. Certes le gouvernement tunisien doit faire des efforts mais il faut l’aider, car la révolution est née avant tout pour des revendications sociales et non pas pour la démocratie ou les droits de l’Homme, pense-t-elle.

Et d’ajouter un peu à contre cœur : «Je considère que le tort des gouvernements tunisiens qui se sont succédé est de n’avoir pas répondu aux revendications sociales».

Interrogé par Business News sur si ce baklinting n’était la résultat d’un manque de lobbying des Tunisiens auprès des autorités européennes, l’élue a exprimé son refus total de ce genre de pratique, en estimant que la Tunisie n’a pas le rapport de force et les moyens de faire pression comme d’autre pays.

La réussite de la transition démocratique en Tunisie intéresse beaucoup de partie, pour diverses raisons. Chacun ayant des intérêts annoncés et cachés. Dans, tout ceci, la Tunisie doit apprendre à défendre ses intérêts et savoir jouer les bonnes cartes au bon moment !

 

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Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche