Le lanceur d’alertes Snowden proposé au prix Sakharov

Le lanceur d’alertes Snowden proposé au prix Sakharov

L'Humanité - 25 September 2013

La Gauche unitaire européenne et les écologistes soutiennent la candidature de l’ancien agent du renseignement américain. Un acte politique qui pose la question de la protection de ceux qui interpellent les citoyens sur l’activité des États.

Une certaine définition du «monde libre». La proposition de la Gauche unitaire européenne-Gauche verte nordique (GUE-GVN) et des Verts-Alliance libre européenne (ALE) de porter Edward Snowden à la candidature au prix Sakharov constitue sans nul doute un acte fort. En juin dernier, l’ancien consultant de l’Agence nationale de sécurité américaine (NSA) révélait au monde l’existence du système d’écoutes mondialisé Prism. Dans la foulée, on découvrait également que le siège du Conseil de l’Union européenne, de la mission diplomatique européenne à Washington et de la délégation de l’UE auprès des Nations unies faisait également l’objet d’une surveillance étroite des États-Unis afin de déceler les dissensions entre pays membres. Pourtant, face à ce qui s’apparente à un acte d’hostilité et de suspicion, l’Union européenne n’a jamais jugé utile de remettre en cause les négociations sur l’accord de libre-échange avec les États-Unis.

En 1988, le Parlement européen créait le prix Sakharov pour récompenser la liberté d’esprit et les «personnalités ou collectifs qui s’efforcent de défendre les droits de l’homme et les libertés fondamentales». Dans ce contexte, le choix d’Edward Snowden est éminemment politique. Il «a risqué sa liberté pour nous aider à protéger la nôtre. Il est le symbole du rejet de l’intrusion dans la vie privée des citoyens. Il faut lui reconnaître un rôle contre cette forme d’oppression insidieuse», estime l’eurodéputée écologiste Karima Delli. Pourtant, le président Hollande n’a pas hésité à provoquer un incident diplomatique en interdisant le survol de son espace aérien à l’avion présidentiel bolivien d’Evo Morales sur la base de rumeurs qui prétendaient qu’Edward Snowden était à son bord. Paris, non satisfaite d’être la cible d’un espionnage qui entame sa souveraineté, a montré qu’elle se pliait sans broncher aux injonctions états-uniennes. Aucun État membre n’a d’ailleurs jugé utile d’accorder l’asile à Edward Snowden. Son élection au prix Sakharov enverrait ainsi un signal quant à la protection des lanceurs d’alertes, qui n’ont à leur disposition qu’un arsenal législatif relativement flou en France. Au Royaume-Uni, en revanche, une loi datée de 1998 assure la protection des salariés «lanceurs d’alertes» dans le public et dans le privé contre les licenciements injustifiés ou toute autre mesure de rétorsion. «Faire d’Edward Snowden le lauréat du prix Sakharov soulignerait la nécessité de défendre les lanceurs d’alertes qui dénoncent l’activité des États, explique l’eurodéputé Marie-Christine Vergiat (GUE-GNL). Derrière Snowden, il s’agit de soutenir tous ceux qui ont le courage de révéler les dérives, comme les journalistes tunisiens qui subissent d’importantes pressions du pouvoir d’Ennhadha.» Pour Karima Delli, au-delà des individus, c’est le «processus même de l’alerte qu’il faut protéger».

Autre prétendante au prix Sakharov : Malala Youzafsaï. La candidature de la jeune militante pakistanaise, victime en 2012 d’une tentative d’assassinat par les talibans et symbole de la lutte pour l’éducation des filles, est soutenue par une large majorité composée de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe, le Parti populaire européen et les Socialistes et démocrates. Les journalistes éthiopiens Reeyot Alemu et Eskinder Nega, accusés de terrorisme pour leurs articles critiquant le gouvernement, l’oligarque russe Mikhail Khodorkovski incarcéré, et considéré comme un prisonnier d’opinion par Amnesty International, et le militant biélorusse Ales Bialiatski, qui représente «tous les prisonniers politiques en Biélorussie», font également partie de la sélection. Enfin, certains eurodéputés ont choisi de distinguer «les hommes debout» turcs qui ont manifesté leur résistance à l’autoritarisme du premier ministre Recep Erdogan en s’immobilisant pacifiquement durant les rassemblements durement réprimés de juin dernier. Les commissions parlementaires des Affaires étrangères et du Développement opéreront ensuite une présélection, mais c’est la conférence des présidents qui choisira le lauréat, connu le 20novembre. À cet égard, Marie-Christine Vergiat remarque que «le prix Sakharov ne devrait pas être l’objet d’accords de couloirs mais d’un vote en plénière. En vingt-cinq années d’existence, le prix Sakharov a été remis trois fois à des dissidents cubains, faisant parfois de cette distinction une mascarade quand elle devrait servir à distinguer des personnes peu médiatisées dans leur combat».

Lina Sankari

 

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Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche