L'invitée de la semaine dans l'Humanité

L'invitée de la semaine dans l'Humanité

La semaine du 27 au 31 janvier j'était l'invitée de la semaine dans le journal l'Humanité. Voici ci dessous mes billets paru dans l'Humanité.

 

27 Janvier 2014
Solidarité européenne avec les femmes espagnoles

Le 20 décembre dernier, 
le gouvernement espagnol 
a adopté un projet de loi 
« de protection des droits de l’enfant à naître et de la femme enceinte » qui restreint le droit à l’avortement aux cas de viol ou de risque grave pour 
la santé physique ou mentale de 
la mère. Cela ramènerait l’Espagne dans le camp des quatre pays européens ayant les législations les plus aberrantes en ce domaine. À Malte et à Chypre, le droit à l’avortement est totalement interdit. En Irlande, l’avortement n’est autorisé qu’en cas de « risque réel et substantiel » pour la vie de la mère. Et même si le droit irlandais a très légèrement évolué après 
le scandale, en octobre 2012, 
de la mort de Savita Halappanavar, 
il reste l’un des plus réactionnaires de l’UE, n’autorisant même pas l’avortement en cas de viol.
 
En Pologne, le gouvernement a tenté d’aligner le droit sur la pratique très conservatrice du corps médical, après avoir été condamné par la CEDH, mais a échoué devant le Parlement. Dans de nombreux pays européens, les ultras mènent la bataille au nom du droit 
à la vie. Ce sont eux qui se sont opposés au mariage pour tous en France et ont empêché l’adoption au Parlement européen du rapport Estrela sur la santé et les droits sexuels et génésiques à coups de caricatures et de mensonges éhontés.
 
Le projet du gouvernement Rajoy ramène les femmes espagnoles plus de trente ans en arrière. Nous savons tou(te)s
que l’interdiction de l’avortement condamne les femmes les plus pauvres, qui n’ont pas les moyens d’avorter 
à l’étranger, à la misère des avortements clandestins au risque de mettre en danger leur santé et leur vie. L’avortement clandestin est une violence pour les femmes. Le droit de disposer de son corps doit être défendu partout en Europe. Nul n’est obligé d’avorter. Nul ne peut imposer ses choix, notamment religieux, 
à l’ensemble des femmes d’un pays. 
On sait où sont les idéologues. Faire reculer les droits des femmes, c’est faire régresser l’ensemble de la société. Soyons tou(te)s dans la rue le 1er février prochain en solidarité avec les femmes espagnoles.

28 janvier 2014
Roms : prendre la voie du courage politique

Comment ne pas être révolté par la façon dont les Roms sont traités en Europe et particulièrement en France ? Ils sont les plus pauvres parmi les plus pauvres et subissent moult actes de haine et de violence encouragés par les plus hautes autorités de certains États membres. Au nombre de 10 à 12 millions sur le continent européen dont 6 à 8 millions au sein de l’Union européenne, ils sont majoritairement des citoyens européens. La France n’accueille qu’une toute petite partie des Roms migrants estimés à 3 millions. Depuis l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie, ils sont entre 15 000 et 20 000 à chercher à survivre dans notre pays. On pouvait espérer, après le changement de gouvernement en 2012 et la publication d’une circulaire en août de la même année signée par sept ministres, que les choses allaient changer. Force est de constater qu’il n’en est rien, bien au contraire. Les derniers chiffres publiés par les associations qui interviennent auprès de ces populations sont éloquents. Les démantèlements de camps ont atteint des records absolus, avec un chiffre de 21 237 personnes évacuées en 2013 pour un coût qui dépasse les 10 millions d’euros chaque année. Comment imaginer le moindre travail social dans un tel contexte ? Comment espérer une scolarisation régulière des enfants ? Et le ministre 
de l’Intérieur ose dire que ces personnes ne sont pas intégrables.
 
Alors merci aux maires courageux qui, comme celui de Gardanne ou d’autres élu(e)s de la région parisienne notamment, ont osé mettre leurs valeurs en avant pour prendre ce dossier à bras-le-corps. Il suffirait qu’une centaine d’élus suivent cet exemple et fassent appel aux fonds européens disponibles en ce domaine pour qu’il n’y ait plus de « problème rom » et que l’on ouvre enfin la voie de l’égalité pour ces hommes et ces femmes qui ne demandent qu’une chose : vivre dignement comme tout le monde. La voie du courage politique plutôt que celle de l’instrumentalisation politicienne de populations vulnérables.

29 Janvier 2014
Changer de regard sur les migrations

Le continent européen, qui fut tour à tour terre d’émigration, puis d’immigration, est aujourd’hui tenté de se replier sur lui-même, obnubilé par le fantasme de l’invasion de nouveaux barbares. Peu importe la réalité des chiffres. Peu importe que le continent européen voie sa population vieillir et se réduire comme peau de chagrin. Plus l’Europe s’enfonce dans la crise économique et sociale, plus les migrants deviennent des boucs émissaires.
 
Il est donc temps de dire la vérité. Aujourd’hui environ 20 millions de ressortissants de pays tiers vivent sur le territoire de l’UE, soit environ 4 % de la population, ce qui nous situe dans la moyenne mondiale, bien loin des 13,5 % d’étrangers qui vivent aux États-Unis ou des 21,4 % installés au Canada, pays au niveau de vie comparable au nôtre.
 
La France, deuxième pays de l’UE par sa démographie, n’arrive qu’en cinquième position pour la proportion d’immigrés après l’Allemagne, l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Italie. Mais ces cinq pays concentrent 77 % de la population immigrée vivant sur le sol de l’UE. Et la pression migratoire est concentrée sur quelques pays du Sud, au premier rang desquels figure la Grèce. L’UE est de plus en plus cernée par des murs : en Espagne, en Grèce et désormais en Bulgarie. Pire, la gestion des frontières est de plus en plus confiée à des pays limitrophes dans lesquels les droits des migrants et des demandeurs d’asile sont bafoués. Le résultat de ces politiques conduits les migrants à prendre de plus en plus de risques.
 
Alors, de temps en temps, on verse quelques larmes de crocodile quand un nouveau bateau fait naufrage au large de Lampedusa ou ailleurs, mais rien ne change et les États membres se cramponnent à leurs compétences pour refuser toute évolution, comme on le voit en ce moment même pour le sauvetage en mer. Il serait temps d’accorder aux êtres humains la même liberté de circulation que celle qui vaut pour les marchandises et les capitaux.
 
Oui, un autre regard sur l’immigration est possible, constitutif d’une autre Europe dans laquelle la diversité culturelle serait enfin considérée comme une richesse.

30 janvier 2014

Pour une autre Europe dans le monde

Au congrès du Parti de la gauche européenne à Madrid, en décembre dernier, j’ai été profondément marquée par l’intervention du vice-président bolivien, Álvaro García Linera. Il nous a interpellés sur les espoirs dont a longtemps été porteur le continent européen, nous rappelant combien il avait été source d’inspiration pour tant de pays à travers le monde. Pour ces pays, le rêve européen avait un sens universel. C’était un rêve de démocratie, de culture, de liberté, de luttes sociales gagnantes, une terre d’asile pour celles et ceux qui fuyaient les dictatures… Aujourd’hui, ce «modèle» est bien malade, attaqué de toutes parts par les politiques austéritaires et antidémocratiques de l’Union européenne et de ses États membres. Comme nous l’a également dit Álvaro Linera, ailleurs, on ne voit plus de l’Europe que ses grandes entreprises prédatrices.
 
Loin d’enrayer leurs ravages, l’UE est de plus en plus la championne du monde des accords bilatéraux de libre-échange. Même ses aides en matière de coopération passent sous ce type de fourches Caudines sous couvert d’accords dits de partenariat économique. On pourrait croire que c’est l’Amérique du Sud des années 1980 qui lui sert désormais de modèle. Et avec ou sans prix Nobel, les droits de l’homme sont passés par pertes et profits puisque seuls prévalent les jeux de la libre concurrence et de la compétitivité. L’accord avec la Colombie, qui détient le record du monde en termes de syndicalistes assassinés, n’en est qu’un des sinistres exemples. Même caricature avec la Tunisie à qui l’on n’accorde des «aides» (en réalité des prêts aggravant la dette tunisienne) qu’avec parcimonie et aux conditions du FMI (sic). On sait ce que cela veut dire. Et cerise sur le gâteau, la négociation du grand marché transatlantique avec les États-Unis bien sûr mais plus vite encore avec le Canada. Alors non, cette Europe-là n’est pas la nôtre, nous voulons une Europe démocratique et solidaire qui puisse proposer des accords de partenariat aux pays du Sud dans l’intérêt partagé des peuples.

31 janvier 2014

Une autre relation à l’autre

Le Vieux Continent européen s’enfonce dans la crise sous les coups de boutoir des politiques austéritaires. Nous vivons non seulement une crise économique et sociale, mais aussi une crise démocratique, une crise de société. L’Union européenne reste la première puissance mondiale quand on totalise le PIB de ses États membres, elle représente 25% du commerce mondial pour moins de 10% de la population mondiale.
 
Depuis cinq siècles, les Européens et plus largement ceux que l’on appelle les Occidentaux dominent le monde. Aujourd’hui, ils cherchent désespérément à sauvegarder cette puissance coloniale destructrice en tentant de sauvegarder un modèle économique qui fait chaque jour plus la preuve de ses capacités destructrices. C’est bien sur la fin de cette hégémonie que nous devons nous interroger. La question n’est pas de sauvegarder la place de l’économie européenne dans le monde, sa compétitivité, mais de construire d’autres relations avec les peuples du monde.
 
L’Europe est riche de son histoire, faite de brassages multiples bien loin de se résumer aux valeurs judéo-chrétiennes.
 
Au moment où le repli nationaliste gagne du terrain dans de nombreux pays européens et où certains jouent avec les peurs et alimentent les haines, j’ai voulu tout au long de la semaine, à partir de quelques exemples, illustrer notre relation à l’autre, le différent mais néanmoins le semblable, l’égal(e), d’un autre sexe ou d’un autre genre, issu(e) d’une autre culture, étranger, non national ou non européen, et cela pourrait se décliner de beaucoup d’autres façons.
 
Fière de ses valeurs, de ses combats toujours en mouvement, la gauche européenne, dans toutes ses composantes (politiques, syndicales, associatives…), doit être en première ligne pour déconstruire les stéréotypes, qu’ils soient historiques, culturels ou religieux, et promouvoir un nouveau modèle de société bâti sur des valeurs réellement universelles. C’est le défi qui s’ouvre devant nous, notamment à l’occasion des élections européennes.

Créé avec l'aide de Drupal, un système de gestion de contenu "opensource"

Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche