"Migrants. En Méditerranée, les États de l’UE champions de l’ignominie" - L'Humanité

"Migrants. En Méditerranée, les États de l’UE champions de l’ignominie" - L'Humanité

Je vous invite à lire l'article de l'Humanité qui fait état de la situation alarmante des deux bateaux de sauvetage en mer bloqués en Méditerranée depuis deux semaines, faute d'accord entre les Etats européens. "Un record de la honte !". En parallèle, l'article reprend mon intervention en commission des libertés civiles du lundi 7 janvier 2019 face à la Commission européenne venue nous expliquer "les progrès" réalisés dans le cadre de l'Agenda européen des migrations. Tout cela est aberrant !

Retrouvez cet article sur le site de l'Humanité

Migrants. En Méditerranée, les États de l’UE champions de l’ignominie

L'Humanité, Mercredi, 9 Janvier, 2019

Les dirigeants de l’Union européenne ne sont toujours pas parvenus à un accord pour le débarquement des 49 réfugiés bloqués, depuis deux semaines, à bord de deux bateaux d’ONG. « Un record de la honte » pour les défenseurs des exilés.

«Il ne nous reste plus que des pommes de terre et du riz. Nous avons demandé à être ravitaillés en eau et en produits vitaminés, mais le gouvernement maltais doit encore donner son feu vert. Et on annonce du mauvais temps pour mercredi. L’équipage est à bout. » Hier, vers midi, Carlotta Weibl, porte-parole internationale de l’ONG allemande Sea Eye, fait un point au téléphone sur la situation à bord de leur navire, le Professor-Albrecht-Penck. Depuis le 29 décembre, 18 membres d’équipage et 17 exilés, dont une femme et deux enfants, sauvés de la noyade, attendent au large des côtes maltaises l’autorisation d’accoster dans un port européen.

À bord du Sea Watch III, un autre navire de sauvetage, 32 naufragés sont dans la même situation depuis plus de deux semaines, pour leur part. Un « record de la honte », dénoncent plusieurs ONG. Trois enfants, âgés d’un, six et sept ans, « vomissent continuellement et risquent l’hypothermie et la déshydratation », alerte Alessandro Metz, du collectif italien Mediterranea Saving Humans qui accompagnait l’équipage de relève à bord du Sea-Watch 3, ce vendredi. Cette situation chaotique survient alors même que le navire espagnol de l’ONG Proactiva Open Arms a débarqué, le 28 décembre, 311 rescapés sur les côtes ibériques après avoir été rejetés par l’Italie et que les autorités maltaises sollicitent les États européens pour la répartition de plus de 200 personnes arrachées des eaux par leur propre marine.
Le nombre des décès en mer ne cesse d’augmenter

Lundi, au Parlement européen, Marie-Christine Vergiat, députée de la Gauche unitaire européenne (GUE), est montée au créneau alors que l’hémicycle recevait Paraskevi Michou, la toute nouvelle directrice générale de la migration et des affaires intérieures à la Commission européenne. « Je suis intervenue pour rappeler l’obsession de la Commission pour la réduction des “migrations irrégulières”, alors que la plupart sont en fait régulières », explique l’eurodéputée de la GUE. Près de 80 % des personnes ayant obtenu, ces dernières années, le statut de réfugié dans un pays membre de l’Union européenne (UE) sont en effet arrivées par la mer. « J’ai rappelé qu’il serait grand temps de mettre les États membres, et surtout ceux qui s’opposent à toute avancée en la matière, devant leurs contradictions, puisque la plupart d’entre eux, comme par exemple la Pologne, sont ceux qui délivrent le plus de titres de séjour pour raisons économiques, reprend Marie-Christine Vergiat. Surtout, j’ai rappelé le sort des 49 migrants bloqués en mer depuis quinze jours, dans la tempête, face à l’immobilisme des États européens, et ce, alors même que dix de ces pays (dont la France – NDLR) ont proposé de les accueillir sans toutefois parvenir à un accord sur leur répartition. C’est hallucinant ! »

La situation est d’autant plus scandaleuse que les chiffres rendus en ce début d’année par l’Observatoire international des migrations et le Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU indiquent que le nombre de traversées diminue, tandis que celui des décès en mer ne cesse proportionnellement d’augmenter. Le taux de mortalité par rapport au nombre de tentatives de traversée est ainsi passé de 0,35 % en 2015 à 2 % en 2018 alors que dix fois moins de personnes sont arrivées sur les rivages européens.

Tout cela est bien pire qu’un énième aveu d’échec des gouvernements européens, tombés dans le piège tendu par l’extrême droite italienne au début de l’été dernier. Non seulement le plan élaboré en juin et juillet derniers prévoyant la création de zones de débarquement hors et dans les frontières européennes, est un échec puisque, soumis au volontariat des États, aucun ne s’est encore porté candidat, mais, en plus, les dirigeants européens persistent collectivement dans la délégation à des gardes-côtes libyens, formés et financés par leurs soins, de la gestion de la zone de recherche et de sauvetage au large de Tripoli. Ils se font ainsi complices d’un véritable crime de masse comme l’illustre un document vidéo récemment traduit et publié par Courrier international relatant la manière dont ces milices marines interviennent lors d’opérations de sauvetage. La mise en danger de la vie des migrants naufragés est manifeste, tout comme les violences à l’égard des ONG venues leur porter main-forte.

« Je me demande ce qu’il se passerait si les 49 rescapés à bord des deux navires allemands avaient la peau blanche, questionne enfin Marie-Christine Vergiat. N’y aurait-il pas derrière tout ça de vieux relents de colonialisme ? » À méditer…

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Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche