Mon interview à Euractiv : « Le Parlement européen s’est ridiculisé durant les auditions»

J'ai accordé une interview au journal en ligne EurActiv.fr sur la question des auditions des commissaires européens :

L’eurodéputée Front de gauche tire un premier bilan critique des auditions des futurs commissaires. Et craint que les nombreuses tractations entre les grands groupes du Parlement européen durant les examens de passage n’augurent un affaiblissement de l’institution.

Quel bilan tirez-vous des auditions des candidats au poste de commissaire ?

Il y a plusieurs choses, quand on a entendu Jean-Claude Juncker, le président de la nouvelle Commission européenne, on a eu l’impression que le fonctionnement de la Commission européenne allait être révolutionné. Mais lorsqu’on a vu la répartition des portefeuilles, c’était un peu plus étonnant. Au vu des auditions, on a plus l’impression que c’est la pagaille qu’une vraie restructuration. Le contenu même des portefeuilles est un peu bizarre surtout quand on lit en parallèle les ordres de mission. On a l’impression qu’il y a du marché un peu partout.

Vous faites partie de la commission Liberté civile, justice et affaires intérieures au Parlement européen. Comment s’est passé l’audition de la socialiste Vĕra Jourová, commissaire désignée en charge de la justice, des consommateurs et de l’égalité des genres, qui a été fortement chahutée ?

Ça s’est très mal passé avec Vĕra Jourová et c’est le moment que j’ai senti que les choses basculaient, alors que le début des auditions des autres commissaires européennes s’était relativement bien passé.  Il n’y a pas eu de discussion sur le cas de Vĕra Jourová. D’entrée de jeu les socialistes ont demandé le report de l’audition de la commissaire parce que le Parti populaire européen (PPE) commençait à leur faire du chantage pour protéger ses propres commissaires en difficulté.

 Il y a eu beaucoup de petits jeux comme ceux-là. Je pense que cette audition a été l’une des plus maltraitées par le Parlement. La bataille qu’on a essayé de mener sur ce portefeuille a été de dire que le costume est un peu grand pour la dame. On a été très sévère avec Vivian Reding, l’ancienne commissaire en charge de ce portefeuille, mais je pense que l’on va la regretter.

Quelle comparaison faites-vous avec les auditions des anciens commissaires en 2009 ?

J’ai le sentiment qu’en 2009, il n’y avait pas eu un tel chantage entre les groupes politiques. Cette fois le PPE a sorti les crocs parce que deux des commissaires issus de ses rangs étaient remis en cause : l’Espagnol Miguel Arias Cañete, en charge du portefeuille de l’Énergie et accusé d’avoir des intérêts personnels dans l’industrie pétrolière, et le Hongrois Tibor Navracsics, issu du gouvernement liberticide de Viktor Orban, et chargé de l’éducation, la culture et … la citoyenneté .

Il ne me semble pas qu’il y  ait eu de la caricature à ce point en 2009. Il n’y avait pas de commissaire qui était une provocation à l’état pur comme Miguel Arias Cañete, ou  Tibor Navracsics. On avait l’impression qu’ils étaient là pour jouer les fusibles.

De nombreuses tractations ont eu lieu entre les différents groupes politiques sur le choix des commissaires, notamment en vertu de cet accord de grande coalition entre les principaux groupes politiques du Parlement, les centristes de l’ALDE, la droite du PPE et les socialistes du S&D. Qu’en pensez-vous ?

Le PPE a senti que les deux commissaires Miguel Arias Cañete et Tibor Navracsics étaient menacés pour des raisons de fond et a joué la carte du chantage en prenant Vĕra Jourová et Pierre Moscovici, les commissaires socialiste français, en otage. À partir de là, lorsque les petits arrangements entre amis prédominent, il n’y a pas de discussion possible. Je trouve cela assez triste.  Le Parlement européen s’est ridiculisé dans cette affaire.

Le Parlement européen n’utilise pas tous ses pouvoirs à cause de ce fonctionnement en grande coalition. Face à la montée de l’intergouvernemental, la grande coalition est une faiblesse, car il n’y a plus de débat politique. Il y a aussi de moins en moins de différences politiques entre les trois grands groupes.

Sur un sujet que je connais bien qui est la migration, l’UE a pris un certain nombre de décisions et à chaque fois on se heurte au Conseil. Au final, à cause de la grande coalition, on s’aligne sur les positions des États membres et on ne fait rien.

Quel espace peuvent occuper les groupes politiques qui ne font pas partie de la grande coalition ?

Les coalitions font partie des mauvaises habitudes du Parlement européen. Ce jeu-là n’est pas intéressant si c’est pour aboutir à des compromis qui oublient les questions de fond pour défendre les intérêts politiciens. Le Parlement européen ne se grandit pas. Ce qui donne à des groupes comme le mien des marges de manœuvre, c’est que les majorités ne sont pas statiques. Cela dépend du sujet. On retrouve une opposition entre les deux blocs notamment sur les questions essentielles comme l’économie. En revanche, les majorités peuvent évoluer sur les problématiques comme les libertés publiques et droits de l’Homme ou encore les questions environnementales. Il est plus difficile de dire quelles seront les majorités à l’intérieur du Parlement

Anne-Claude Martin
Cécile Barbière

Source : http://www.euractiv.fr/sections/elections-2014/marie-christine-vergiat-le-parlement-europeen-sest-ridiculise-durant-les

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