Patrick Le Hyaric : succession de Barroso, la crainte "d'un bluff intégral"

20/03/2014 - Je vous invite à lire cet entretien avec Patrick Le Hyaric, dans Europolitique qui fait le point sur le mode de désignation du futur président de la Commission européenne.

Quel regard portez-vous sur l’élection du futur président de la Commission ?

Si cela peut permettre un débat pour mettre en œuvre des options européennes différentes sur les orientations de l’Union européenne, cela peut avoir un intérêt. Mais il ne faut pas se faire d’illusions on dit déjà qu’il y aura une réunion du Conseil le lendemain des élections et que malheureusement à cette occasion seront répartis les postes à responsabilité, à porte fermées, entre le PPE et les socio-démocrates.

Le Parti de la gauche européenne a pourtant décidé de jouer le jeu en désignant Aléxis Tsípras, le leader grec de l’opposition…

Nous ne nous faisons aucune illusion sur le processus ni sur les chances d’être élus mais cela nous permettra d’être présent durant le débat européen sur des thèmes qui préoccupent les gens. Nous avons proposé Tsípras car il est emblématique de la bataille que nous menons, contre l’austérité et la troïka.

Vous n’avez pas soutenu le rapport adopté en plénière sur le bilan de la troïka…

Le travail qui a été fait a été très utile. Il ne donne pas quitus à la troïka mais par solidarité avec nos collègues des pays qui subissent les foudres de la troïka nous n’avons pas suivi le rapport Karas-Liem (le nom des deux rapporteurs, ndlr).

Qu’est ce qui devrait changer ?

Il faut sortir du système de la troïka comme il faut sortir du pacte budgétaire qui sont des pactes de réductions des crédits sociaux et publics. Si on reste dans ce système qui réduit en permanence les crédits publics on est dans l’inefficacité totale économique et dans l’injustice. Il n’y a aucune preuve que l’action de la troïka a produit des effets positifs. C’est même le contraire. Les pays qui avaient déjà des déficits en ont plus aujourd’hui. Ceux qui avaient des dettes en ont plus. Les pays qui étaient plutôt bien notés avant la crise comme en Espagne sont maintenant en déséquilibre.
Il faut changer les politiques économiques et sociales permettre des augmentations de salaires et en activant des crédits publics aux Etas et aux entreprises qui en ont besoin et cela passe par une transformation de la BCE en lien avec les réseaux des banques européennes.

Changer le mandat de la BCE implique une modification des traités. On en est loin…

Oui mais nous avons déjà changé deux fois les traités en cinq ans pour permettre notamment à la BCE de venir en aide à certains pays. Donc les traités on pourrait encore les changer… s’il y avait de la volonté.

Certains sondages laissent entendre que votre groupe, la GUE, pourrait devenir le 3e groupe parlementaire…

Evidemment si cela se réalisait cela serait extrêmement très positif pour les gens car ils auraient des points d’appui supplémentaires au Parlement européen pour infléchir positivement un certain nombre d’orientations que nous discutons régulièrement. Cela nous ferait jouer un tout autre rôle non pas avec es compromis négatifs mais avec des orientations beaucoup plus positive. Ce serait un petit renversement par rapport à ce que l’on connaît actuellement. Cela pourrait constituer une véritable pression en direction de la Commission et du Conseil.

Concernant l’élection du futur président de la Commission les règles sont encore assez floues…

Tout le monde a inventé cette affaire car les peuples considèrent et que le fonctionnement de l’Europe anti-démocratique si ce n’est pas a-démocratique. Cela permettra peut-être des débats et de découvrir certaines choses mais si en dernier ressort le Conseil européen se réunit en catimini et décide sur injonction de Mme Merkel une sorte de répartition entre tous les postes alors si c’est ça, c’est du bluff intégral …

Jean-Claude Juncker a déclaré que le futur président de la Commission sera ou lui ou Martin Schulz, d’accord avec cette déclaration ? Vous soutiendriez M. Schulz ?

Si c’est pour poursuivre les choix d’aujourd’hui, c’est non. Mais avant de voter nous réclamerons un débat contradictoire entre tous les candidats devant le Parlement européen car il y aura peut-être des choix alternatifs. Entre nous et les Verts, il y a rapprochements possibles.

Il pourrait y avoir des surprises pour la désignation du président de la Commission ?

Oui, il peut très bien y avoir un autre candidat avec une majorité alternative sur la base d’un autre projet. Concernant M. Schulz il faut d’abord que Mme Merkel accepte qu’un Allemand soit président de la Commission et ce n’est pas tranché pour ce que j’en sais.

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