Points de vue sur le drame de Lampedusa

Points de vue sur le drame de Lampedusa

L'Humanité 8 Octobre 2013

«Une solidarité entreles États membres»
Marie-Christine Vergiat, eurodéputée du Front de gauche.
 
«L’Union européenne doit prendre des décisions comme l’y enjoint depuis des mois le Parlement européen. Le droit international doit enfin être appliqué. Il faut faire preuve de solidarité et réformer les politiques migratoires. Tous les ans, 2 000 personnes trouvent la mort en mer Méditerranée, selon les ONG.

Le problème n’est donc pas nouveau. Mais nous sommes face à un blocage du Conseil et des États membres qui refusent toute solidarité envers les pays de transit. Or, l’UE doit gérer collectivement le problème. Le Parlement européen demande à ce que l’agence Frontex mette en œuvre les moyens qui permettent aux États membres de remplir leurs obligations internationales en matière de sauvetage en mer. Autre exemple: la Libye a été pendant longtemps un pays tampon dans les conditions horribles que l’on sait. Mais l’Union européenne sait parfois fermer les yeux sur les dictatures. Au moment de la guerre dont la Francea été à l’origine, des milliers de Libyens ont fui le pays. Il y avait de nombreux demandeurs d’asile. La France n’en a pas accueilli un seul. On se préoccupe davantage de la liberté de circulation des marchandises et des capitaux que des personnes. Pis, on instrumentalise la question de l’immigration.»

«La responsabilitédu Nord est énorme»
Nina Marx, chargée du programme migrations internationales au CCFD-Terre solidaire.
 
«Il est impossible d’empêcher les gens de quitter leur pays. Ce n’est donc pas en construisant des murs que l’on empêchera ces naufrages de migrants en Méditerranée. Lorsque le colonel Kadhafi était au pouvoir, l’Italie avait conclu avec son régime des accords pour renforcer les contrôles aux frontières de l’Europe. Cela n’avait pas tari les flux de migrations. En fait, plus on renforce le contrôle des routes classiques, plus les migrants empruntent des voies de passage périlleuses. L’une des réponses tient dans l’appui au développement des pays d’origine:ceux qui quittent leur pays le font parce qu’aucune perspective d’insertion socio-économique ne s’offre à eux. Si l’Europe ne s’était pas transformée en forteresse, si les réfugiés somaliens avaient eu la possibilité de trouver asile par des voies légales, ils n’auraient pas risqué leur vie en Méditerranée. La responsabilité des pays du Nord est énorme, du fait de la restriction des politiques d’asile. On refuse d’accueillir des personnesfuyant des pays déchirés par les conflits. Prenons l’exemple de la Syrie. La gravité du conflit est reconnue, François Hollande veut même intervenir militairement, mais la France accueille dix fois moins de réfugiés syriens que l’Allemagne.»

«Un programme  de réinstallation»
Simona Moscarelli, Organisation internationale pour les migrations - Rome.
 
«Il convient de s’attaquer aux raisons qui poussent ces gens à quitter leur pays. La majorité des 30000 personnes arrivées depuis le début de l’année en Italie proviennent de zones où il y a conflit, instabilité politique. La majorité de ceux qui arrivent en ce moment d’Érythrée, de Somalie ou de Syrie obtiennent de l’Italie un statut de protection internationale. Ainsi, les Érythréens fuient un service militaire obligatoire, qui les astreint à rester à vie dans l’armée. Il faut promouvoir des programmes de réinstallation dans les pays de transit, telle la Libye, afin que ces migrants ne prennent pas la mer et ne meurent pas au cours de la traversée. Ces programmes nécessitent que des pays européens, le Canada, l’Australie acceptent un quota de réfugiés. Il faudrait davantage de solidarité entre pays, en cette phase de mondialisation. Mais cela remet en cause le modèle de développement actuel. Outre la question des réfugiés, il y a celle des migrants économiques. Il reste à penser à une politique migratoire commune, comme il y a une politique d’asile commune. Il faudrait, pour éviter ces tragédies, créer des canaux d’immigration régulière.»

Propos recueillis par 
C. Ce., G. D. S., R. M.

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Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche