Reste-t-il quelque chose de la taxe Tobin? Après l’échec des négociations sur la taxe sur les transactions financières

Reste-t-il quelque chose de la taxe Tobin? Après l’échec des négociations sur la taxe sur les transactions financières
La TTF est une mesure juste et nécessaire pour répondre aux urgences mondiales, enrayer la crise, lutter contre la pauvreté et les fléaux sanitaires, faire face aux défis climatiques.

 

Reste-t-il quelque chose de la taxe Tobin? Après l’échec des négociations sur la taxe sur les transactions financières

Entretien croisé réalisé par 
Dany Stive

 

Marie-Christine Vergiat :  Oui, la France est à l’origine de cet échec. Un comble pour un gouvernement soi-disant socialiste. Souvenons-nous que cette taxe (issue de la taxe Tobin) a ressurgi avec la crise des subprimes. À l’époque, le système bancaire mondial menaçait de couler, et même Nicolas Sarkozy voulait «réformer le capitalisme», prétendant instaurer une TTF seulement pour la France, équivalant à l’impôt de Bourse qu’il avait supprimé en 2008. Et c’est tout ce que propose Michel Sapin aujourd’hui: taxer les actions et obligations sans toucher aux produits dérivés, produits les plus spéculatifs qui sont justement à l’origine de la crise financière. Alors oui, les lobbys bancaires ont une fois encore fait échouer la TTF. Mais non, elle ne peut pas être enterrée. Plus de 60% des citoyens européens y sont favorables.

La TTF est une mesure juste et nécessaire pour répondre aux urgences mondiales, enrayer la crise, lutter contre la pauvreté et les fléaux sanitaires, faire face aux défis climatiques.

Marie-Anne Barbat-Layani :  Le projet européen de TTF n’est pas enterré à notre connaissance. Il devrait être de nouveau débattu au début 2015, selon les déclarations de différents ministres, à la suite de la réunion en décembre des 11 pays européens qui se sont engagés dans la mise en place d’une telle taxe en 2016. Nous regrettons la poursuite de ces discussions pour ce projet qui, s’il est adopté, sera pénalisant pour notre économie et pour l’emploi dans notre pays. Il faut d’ailleurs noter que 17 pays européens, sur les 28 que compte l’Union européenne, refusent cette taxe dont ils connaissent les conséquences néfastes. Les banques mais aussi les entreprises françaises et européennes ont marqué, depuis plusieurs mois, leur opposition à ce projet contre-productif, parce qu’il va handicaper considérablement le retour à la croissance, qui est pourtant une priorité européenne et nationale. Personne ne sera gagnant si on instaure une TTF, qui est en contradiction avec cet objectif.

Marie-Anne Barbat-Layani : Cette taxe est une taxe sur les entreprises, et ne peut en aucun cas être un remède à la crise économique, elle va au contraire aggraver le mal. Pour lutter contre la crise, il faut redonner aux entreprises la confiance et l’envie d’investir, faciliter le financement de leurs projets auprès d’acteurs de proximité. Or, la TTF va à contre-courant de cette nécessité. Concrètement, les opérations, dont les entreprises ont besoin pour leur développement – et donc préserver et créer des emplois –, vont coûter plus cher dans les 11 pays concernés. Le projet actuellement en discussion prévoit en effet de taxer les actions qui servent aux entreprises à trouver du capital pour se financer et certains produits dérivés qui, contrairement à ce qu’on entend souvent, sont des produits utiles à l’économie. Ils permettent d’abord aux entreprises de diminuer leurs risques de change ou de taux. Pour éviter le surcoût qu’entraînerait une TTF, les entreprises iront faire ces opérations dans des pays qui ne la mettront pas en place (Londres, New York…), ce qui va provoquer la délocalisation de pans entiers d’activités financières. Les États n’en retireront donc pas les recettes fiscales escomptées, contrairement aux estimations illusoires qui circulent, et ils perdront les recettes qui s’attachent aux activités délocalisées. Enfin, le système pénaliserait particulièrement la France, qui a une place active et des acteurs bancaires performants, capables d’accompagner les entreprises, notamment les PME sur les marchés. La réglementation internationale conduit en effet les entreprises à se financer de plus en plus sur les marchés, qui représentent aujourd’hui 38% de leur financement. Dans ce cadre, il est essentiel, en particulier pour les PME, d’être accompagné par une banque de proximité, qui connaît bien la situation de l’entreprise. Les PME sont au cœur de notre économie, une TTF freinerait leur développement.

Marie-Christine Vergiat : L’instauration d’une TTF ne réglera pas tout mais, au minimum, on peut reprendre la proposition votée par le Parlement européen en 2010, soit une TTF de 200milliards d’euros si elle était appliquée aux 27 États membres de l’UE à l’époque. Comment? En taxant à 0,1 % les actions et obligations et à 0,01 % les produits dérivés. Pas de quoi faire fuir l’activité financière! Il s’agit juste de détruire les activités les plus nocives. Ramené aux 11 États volontaires actuellement dans le cadre d’une coopération renforcée, cela pourrait rapporter plus de 130milliards puisque ces 11 États représentent les deux tiers du PIB et l’Union européenne. Taxer les produits dérivés est une nécessité absolue car ce sont les produits les plus spéculatifs, les plus toxiques, ceux qui sont déconnectés de l’économie réelle, et notamment ceux qui démultiplient les opérations financières. En première ligne, le trading à haute fréquence, qui représente aujourd’hui plus de la moitié des transactions financières, par lequel des méga-ordinateurs organisent des transactions dans des délais de l’ordre de la milliseconde. Selon certains observateurs, ces opérations particulièrement malsaines représenteraient 12 fois le PIB mondial. La taxe doit donc avoir l’assiette la plus large possible et s’appliquer au minimum à tous les produits européens, quel que soit le lieu de la transaction. On pourrait même aller au-delà sur les actions et obligations et s’aligner sur le taux de 0,5%, celui qui est appliqué à Londres. Un moyen d’inciter les Britanniques à rejoindre le projet! Quand on sait que les transactions financières s’élèvent à environ 3millions de milliards d’euros, soit 70 fois le PIB mondial, les taxer à hauteur de 130milliards d’euros n’a rien de vraiment révolutionnaire. Ce n’est qu’un – modeste – outil de justice fiscale et sociale.

Créé avec l'aide de Drupal, un système de gestion de contenu "opensource"

Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche