Intervention à Martigues lors du Meeting européen contre l'austérité

 Intervention à Martigues lors du Meeting européen contre l'austérité

Intervention 10/04/2013 : "Je voudrais tout d’abord vous dire le plaisir d’être avec vous ce soir. Dans cette grande salle de Martigues où je commence à avoir quelques souvenirs.

Notre pays et plus largement l’Union européenne sont profondément en crise et ce n’est pas qu’une crise économique comme ils disent.
C’est une crise du système, une crise du système capitaliste mais pas seulement. Cela va bien au-delà, c’est le système tout entier qui est en crise."

"D’autres, après moi, parlerons de la crise économique. J’ai juste envie de vous dire que je suis de plus en plus atterrée de voir l’incapacité de la très grande majorité des parlementaires européens à faire la moindre proposition alternative ou même à dire NON aux propositions de la Commission et des Etats-membres.

Je n’ai pas d’illusion (sinon je ne serai pas avec vous ce soir) mais quand même.
Comment ne pas être atterrée de voir qu’à l’exception de la GUE/NGL, à laquelle nous appartenons Jean Luc et moi, ils ont tous voté (ou presque) en mars dernier au Parlement européen le Two pack (comme ils disent en jargon européen), paquet de deux règlements européens qui n’est rien d’autres en réalité que la transposition en droit européen du TSCG qui contient entre autres l’aggravation du contrôle par la Commission des budgets nationaux y compris ceux des collectivités locales et qui rappelle la lancinante nécessité de réformes structurelles. On sait désormais ce que cela veut dire (l’adoption de l’ANI n’en est que la dernière transposition en droit français).
Leurs réformes structurelles, c'est toujours le même refrain, les mêmes objectifs :
- Diminution des dépenses publiques,
- Flexibilité accrue,
- Casse du droit du travail),
- Diminution des  salaires  et des retraites,
- Casse des services publics.
Autrement dit, ce sont toujours sur les mêmes que portent les efforts et on en voit les tristes résultats dans le sud de l’Europe mais pas seulement, les nouveaux entrants ayant eux subi la purge avant leur entrée dans l’UE et ce, alors même que la richesse mondiale, y compris européenne, augmente et que les écarts entre les plus pauvres et les plus riches ne cessent de se creuser.

Je pourrais aussi vous parler du 4e paquet ferroviaire que vient d’adopter la Commission et qui va achever, parachever même, le démantèlement du service public ferroviaire et fermer la porte à toute idée de service public ferroviaire européen. Nous allons mener la bataille et nous verrons bien qui la ménera avec nous..

Mais je voudrais surtout  vous rappeler qu’en 2009, ils ont tous, je dis bien tous,  fait campagne sur l’Europe sociale. Alors elle est où leur Europe sociale ? Ils ne cessent de la démanteler et laisse faire les délocalisations, le dumping social et fiscal.
Chypre n’est pas le seul paradis fiscal dans l’UE.
Le plus grand paradis fiscal  dans l’UE, c’est le Luxembourg et ce n’est pas un hasard si de plus en plus de grandes entreprises européennes viennent y installer leur siège.
Grâce à leurs politiques austéritaires, à leurs réformes structurelles, de 2008 à 2012, le taux de pauvreté dans l’Union européenne est passé de 18 à 25 % et, dans certains pays, la Grèce et l’Espagne, le taux de chômage des jeunes dépasse désormais les 55 %.
Et c’est le moment qu’ils choisissent pour démanteler le budget européen qui contient encore quelques rares politiques de solidarité notamment pour réduire les écarts entre régions riches et régions pauvres via les fonds structurels et notamment le fonds social européen. La diminution drastique du programme d’aide alimentaire aux plus démunis n’en est que le plus triste exemple.

Et je voudrais surtout vous  parler des sujets que je connais le mieux et sur lequel je mène des batailles au Parlement européen mais aussi ici dans cette circonscription du Sud Est dans laquelle j’ai été élue en 2009 et aussi ailleurs et notamment de l’autre côté de la Méditerranée.

Je reviens du FSM (le Forum social mondial) qui s’est tenu à Tunis fin mars. Nous y avons beaucoup parlé notamment des politiques que mène l’Union européenne avec les pays dits du printemps arabe et notamment avec la Tunisie.

Au-delà des belles promesses de la conférence dite des donateurs qui a eu lieu à Deauville en 2011 et au cours de laquelle on a promis des milliards pour aider les Révolutions arabes, dans les faits, rien n’a changé. L'UE continue de proposer les mêmes accords que ceux qui étaient sur la table sous Ben Ali.
Ces accords ne tiennent compte que des intérêts des grandes entreprises européennes qui pillent les richesses naturelles de ces pays au détriment des revendications économiques et sociales qui ont été le déclencheur de ces Révolutions..
Comment ne pas être consternée de voir qu'au lieu d'aider le peuple tunisien, tout ce que propose l’UE, c’est la libéralisation des services, la libéralisation de l'agriculture au bénéfice de l'industrie agroalimentaire européenne et non des agriculteurs tunisiens.
Et que la seule nouveauté qu’ils ont trouvée, soit disant pour sauver le tourisme tunisien, c’est de privatiser la compagnie aérienne tunisienne. Comme si le problème était le prix des billets d’avion et comme si la privatisation permettait de faire baisser les prix de ces billions d’avions. Nous savons ce qu’il en est en France des conséquences des privatisations en matière tarifaire

De même, on continue de signer des accords avec les pires dictatures d'Afrique subsaharienne.
On fait fi des violations des droits de l'Homme comme on vient de le faire par exemple en Colombie (record du monde de syndicalistes assassinés) ou en Turquie (record du monde de journalistes emprisonnés sans parler de la répression qui s'abat avec une violence accrue depuis 4 ans sur le peuple kurde).
Dans ces deux derniers pays, on parle de processus de paix et nous devons tout faire pour les y aider.

Plus que jamais, nous devons dire que d’autres politiques sont possibles avec les pays du sud : des politiques de coopération, de solidarité qui s’appuient sur les besoins des populations.

Il est temps de tourner la page du colonialisme fut-il habillé sous les oripeaux du néo colonialisme.

Il faut dire et redire que l'UE reste la 1ère puissance mondiale quand on totalise le PIB de tous ses Etats-membres.
Alors, oui, elle perd ou plus exactement ses entreprises perdent quelques parts de marché au détriment de ceux qu'on appelle les pays émergents - les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Elle est moins « concurrentielle ». Mais, en réalité, cela concerne surtout les "résultats" de quelques entreprises du CAC 40 qui n'ont d'européen que leur siège et d'intérêts que ceux de leurs actionnaires disséminés aux quatre coins du monde.

D’autres politiques de solidarité avec les pays du sud, cela veut dire aussi refuser leur Europe forteresse, celle qui « externalise » la politique de « gestion des flux migratoires » comme ils disent en faisant fi des droits des migrants y compris des demandeurs d’asile et qui laisse mourir chaque année des milliers d’hommes surtout, mais aussi de femmes et d’enfants, notamment en Méditerranée au mépris même de la simple obligation de sauvetage en mer.

C’est aussi refuser que les aides de l’UE soit conditionnées par des accords de réadmission des immigrés soit disant clandestins que l’on expulse dans les conditions que l’on sait.

J’ai toujours en mémoire le discours de Jean Luc au Prado qui reste pour moi une référence. Oui l’immigration n’est pas un problème mais une richesse y compris sur le plan économique et social et bien sûr le plan culturel. Nous devons mener la bataille également sur ce terrain en parlant à l’intelligence et au cœur.

Oui nous pensons que d'autres solutions sont possibles y compris au sein de l'Union européenne, qu'au lieu de bloquer les hommes, les femmes, les enfants, on ferait mieux de bloquer les marchandises en créant des visas sociaux et environnementaux aux frontières de l'UE.
Ces visas auraient un double mérite, ils empêcheraient l'accès de l'UE aux produits qui ne respectent pas les normes environnementales et sociales et en parallèle, ils bloqueraient les délocalisations car le "marché" européen reste un des plus convoités du monde. Cela obligerait de nouveau à produire plus sur le territoire de l’UE et notamment en France plutôt que de laisser perdre les savoir-faire.
Oui ces politiques d’expulsions ne sont plus supportables et il est encore plus insupportable qu’en ce domaine Manuel Valls poursuive les mêmes politiques que son prédécesseur notamment vis-à-vis des Roms.

Et là je voudrais vous donner deux exemples aux portes de Marseille qui m’ont particulièrement révoltée ces dernières semaines :
- Le premier concerne la métropole de Toulon où un groupe de 6 familles de Manouches, des Roms français donc, a été expulsée d’un terrain, où il vivait de façon sédentarisée en ayant une convention d’occupation des sols avec la métro, par le Préfet parce que ce dernier veut mettre en place le schéma départemental d’accueil des gens du voyage en accord bien sûr avec les élus locaux et qu’il n’a pas trouvé d’autre endroit pour installer une aire de passage au mépris de la scolarisation des enfants.
- Le 2ème à Miramas concerne des Roms de Roumanie et là c’est le maire, pourtant PS, qui veut les expulser du terrain de camping où ils sont installés depuis plusieurs semaines en payant là aussi ce qu’ils doivent.

Oui toutes ces batailles doivent être menées de front. Egalité de droits, égalité sociale vont de pair Et c’est pourquoi nous sommes aux côtés des associations pour exiger une citoyenneté de résidence  qui accorde le droit de vote et d'éligibilité à tous ceux qui vivent sur nos territoires.

Alors oui, plus que jamais "Un autre monde est possible".

Du local au mondial, c'est notre devise.

Plus que jamais, on ne lâche rien !"

 

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Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche