Penser les migrations autrement - tribune dans le Patriote Côte d'Azur

Penser les migrations autrement - tribune dans le Patriote Côte d'Azur

Pour son numéro de juillet 2015, le Patriote Côte d'Azur m'a sollicitée pour une tribune sur les migrations. La voici :

Les échanges entre les êtres humains, entre les peuples ont toujours existé. Les migrations sont un phénomène aussi ancien que l’humanité mais aujourd’hui, notamment avec l’évolution des technologies et des transports, elles se démultiplient.

Chaque année, plus d’un milliard de personnes se déplacent d’un pays à l’autre à travers le monde. Leur nombre augmente de 50 millions par an alors que ces mouvements de population annuels n’étaient que de 25 millions en 1950 pour une population mondiale qui était alors de 2,3 milliards d’habitants, 3 fois moins qu’aujourd’hui.

Les motifs de ces déplacements sont divers. La moitié d’entre eux sont touristiques et près de 20 % sont liés à des motifs professionnels. Ils sont alors liés au niveau de revenu et quels que soient les continents, ce sont les plus riches qui peuvent le plus facilement se déplacer.

Les mouvements de population s’expliquent aussi pour des raisons familiales, pour poursuivre des études ou encore pour fuir la famine, les conséquences du changement climatique, de guerres, ou de régimes politiques insoutenables. Ils peuvent être temporaires ou de plus ou moins longue durée.

Les migrants internationaux (231 millions de personnes) ne représentent que 3,2% de la population mondiale. Leur nombre augmente certes mais proportionnellement à la population mondiale, il reste relativement stable (2,9%, il y a 20 ans). Les pays développés accueillent aujourd’hui environ 50% de ces migrants mais les mouvements s’accélèrent entre pays du sud et connaissent des changements rapides.

20 millions de ressortissants de pays tiers vivent aujourd’hui dans l’UE. Le continent européen, longtemps terre d’émigration externe puis intra-européenne, est devenu terre d’accueil en faisant largement appel à la main-d’œuvre immigrée après la 1ère et surtout la 2ème Guerre mondiale. Mais dans les années 70, avec la montée du chômage, un changement majeur a eu lieu : on a mis un frein brutal à l’immigration du travail. La plupart des migrants se sont installés durablement sur notre territoire faisant venir leur famille. La question du retour au pays devenant un mythe a fortiori pour leurs descendants qui ont très majoritairement acquis la nationalité du pays dans lequel ils sont nés.

C’est à l’aulne de ces chiffres qu’il faut analyser les drames de la Méditerranée. En 2014, 207 000 hommes, femmes et enfants ont tenté de traverser la Méditerranée au risque de leur vie. Ils sont majoritairement syriens, afghans, érythréens, soudanais et somaliens. Ils fuient des guerres, des zones de conflit ou des dictatures. Ce sont donc des réfugiés potentiels qui devraient au moins avoir le droit de demander l’asile sur le sol européen conformément au droit international.
Ils ne représentent que 0,03% de la population des 28 Etats de l’Union européenne. Des nombres bien plus importants de réfugiés ont pu être accueillis par le passé. Ce fut le cas notamment au moment des guerres qui ont déchiré l’ex-Yougoslavie au début des années 90. Plus de 4 millions et demi de personnes ont alors fui leur pays et 770 000 ont trouvé refuge en Europe de l’Ouest. De la même façon, à la fin des années 70, la France a ouvert ses portes à près de 130 000 ressortissants de l’ancienne « Indochine » dont plus de 47 000 Cambodgiens.

Aujourd’hui, on est loin du compte puisqu’il a fallu attendre plusieurs milliers de morts pour que le Conseil européen accepte de se saisir de cette question et cela fait trois mois que les chefs d’Etat et de gouvernement européens tergiversent pour accueillir quelques 40 000 demandeurs d’asile.
Alors que nous sommes confrontés à une crise humanitaire majeure avec plus de 60 millions de réfugiés et déplacés internes dans le monde, le vieux continent se replie sur lui-même, fermé sur ses peurs et ses égoïsmes nationaux. Il oublie les responsabilités d’un certain nombre de ses Etats dans les conflits notamment en Irak et en Libye aux conséquences dramatiques.

Après avoir transformé les pays limitrophes de ses frontières en gendarmes de l’Europe forteresse, il s’agit désormais de régler le « problème » dans les pays d’origine quitte à sous-traiter les opérations de police des migrants aux pires dictatures directement impliquées dans les réseaux de trafics d’êtres humains.
Dans une approche dite « holistique », on prétend développer l’aide à la coopération. Or, celle-ci n’est en moyenne que de 0,29% du revenu national brut (RNB), loin de l’engagement de 0,7% pris devant l’ONU, il y a 10 ans. Pire, en France, cette aide a baissé de près de 10 % en 3 ans passant de 0,46 % du RNB à la moyenne européenne. Les transferts de fonds des migrants vers leur pays d’origine sont désormais bien supérieurs à ces aides publiques dont on se demande d’ailleurs comment elles sont distribuées tant elles sont, le plus souvent, invisibles pour les populations concernées.

Pour couronner le tout, sous couvert de partenariat économique, l’UE démultiplie les accords de libre-échange pur et dur dans l’intérêt des multinationales dites « européennes » les laissant continuer à piller les richesses de ces pays.

La libre circulation des capitaux, des marchandises et des services se portent de mieux en mieux avec les effets ravageurs que l’on sait. Ici et là-bas, c’est d’une autre répartition des richesses dont on a besoin pour que l’Humain soit enfin au centre des préoccupations. C’est dans un cadre plus solidaire que l’on pourra alors penser les migrations autrement et les voir pour ce qu’elles sont : une richesse et non un problème.

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Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche