Toujours rien à offrir à Tunis sinon barrières et libre-échange

Toujours rien à offrir à Tunis sinon barrières et libre-échange

Cet article publié dans l'Humanité le 18 février 2011, fait le point sur les prises de positions de l'UE face à la situation en Tunisie. Catherine Ashton, chef de la diplomatie européenne, a annoncé une rallonge dérisoire de l’aide à la Tunisie. Celle-ci reste assujettie à un cadre d’échanges «libres» comme la politique migratoire demeure soumise aux canons de l’UE forteresse.

L'Humanité 2011-02-18

Face à la vague de bouleversements démocratiques dans les pays du sud de la Méditerranée, l’Union européenne (UE) reste de marbre. Catherine Ashton, haute représentante de l’UE pour la politique extérieure, s’est rendue mardi en Tunisie, où elle n’a pas remis en cause les deux principes qui fondent les relations Nord-Sud : le libre-échangisme et la lutte contre l’immigration illégale.

Bruxelles se contente de quelques gestes. Les avoirs de l’ex-dictateur Ben Ali et de certains de ses proches ont été gelés à la demande du gouvernement tunisien. Et mardi, Catherine Ashton a annoncé une aide immédiate de 17 millions d’euros à la Tunisie. Un chiffre dérisoire. Cette somme s’ajoute à celles inscrites dans le Programme indicatif national (Pin) 2011-2013 de la Tunisie. «Le précédent Pin (2007-2010), doté de 330millions d’euros, avait été raboté pour punir le régime Ben Ali. La Tunisie démocratique n’aura même pas bénéficié d’un semblant de rattrapage», constate le journaliste Fathi B’Chir sur le site Kapitalis.

Mais si cette aide s’inscrit dans le Pin, elle reste dans le cadre des relations asymétriques entre Bruxelles et Tunis. Une part est certes allouée à la coopération judiciaire (15 à 20 millions d’euros sur un total de 240 millions) et accompagnera la transition démocratique. Pour le reste, il s’agit d’objectifs libéraux. La part du budget (48 à 64 millions d’euros) consacrée à l’appui au secteur de l’emploi ira au développement de «politiques actives du marché du travail», c’est-à-dire la «flexibilité de l’emploi». La stratégie devra être «axée sur la demande d’emploi des entreprises», dont une grande partie sont dépendantes des exportations vers l’UE.

Le deuxième point de coopération vise à améliorer l’intégration de la Tunisie au marché mondial et surtout européen. Catherine Ashton a fait savoir son espoir de voir ratifier avant la fin de l’année le statut avancé du pays avec l’UE. Ce dernier fera de la Tunisie un quasi-membre de l’UE mais sans pouvoir peser sur les politiques communautaires. Enfin, dans le cadre de la politique visant à améliorer la compétitivité des entreprises tunisiennes, l’UE pousse à la libéralisation des services, où ses groupes sont dominants.

Cette politique est appuyée par les milieux économiques locaux. Jean-François Limantour, président du Cercle euro-méditerranéen des dirigeants textile-habillement, se veut rassurant : «Le miracle économique tunisien continue.» Avec un salaire horaire minimum en juillet de 0,75 euro, la Tunisie fait figure de champion : vingt centimes de moins qu’au Maroc ou en Algérie. «La Tunisie est un pays sur lequel vous pouvez toujours compter», tranquillise Samir Haouet, directeur du Centre technique du textile, un organisme rattaché au ministère tunisien de l’Industrie. Cet institut fait valoir les atouts du marché tunisien : les bas salaires et la réglementation permettent d’obtenir des coûts de fabrication de deux à trois fois inférieurs à ceux de la France. Le textile tunisien réalise 97 % de ses exportations vers l’UE.

Le deuxième pilier où l’action européenne reste inchangée est celui de la politique migratoire. L’arrivée de 5 000 migrants tunisiens sur l’île de Lampedusa, en territoire italien, en témoigne. Bruxelles s’est dit prêt à 
accroître le dispositif Frontex, la police aux frontières de l’UE. Le ministre italien de l’Intérieur, le membre de la Ligue du Nord, 
Roberto Maroni, est même allé jusqu’à proposer d’envoyer la police italienne en Tunisie pour empêcher les départs, le gouvernement local n’accomplissant plus cette tâche. Tunis a condamné des propos «inacceptables».

Pour autant, l’Italie et la Tunisie se sont entendues lundi sur un cadre de coopération dans la lutte contre l’immigration illégale. Rome fournira à Tunis une assistance matérielle, qui consiste notamment en «un réseau de radars et de vedettes rapides», déclarait mardi le chef de la diplomatie transalpine, Franco Frattini.

L’urgence est à «accompagner la transition démocratique», estime, au contraire, Marie-Christine Vergiat, eurodéputée du Front de gauche. Surtout à un moment «où les agences de notation attaquent ce pays». Il ne s’agit pas «de faire à la place des Tunisiens», rappelle la parlementaire, pour qui les relations doivent, enfin, être d’égal à égal, «comme on le fait avec les États-Unis ou d’autres pays».

Gaël De Santis

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Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche