Tunisie : Il est temps de refonder les partenariats de l'UE avec les pays du sud

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Intervention au Parlement européen le 17 janvier 2011- "C'est avec une certaine fierté et beaucoup d'émotion que j'interviens aujourd'hui dans cet hémicycle au nom de mon groupe, la Gauche Unitaire européenne/Gauche Verte Nordique. En effet, nous avons été très peu nombreux, (peu nombreuses même dirais-je), sur ces bancs à dénoncer les dérives du régime tunisien et ce qu'il faisait subir à tous ceux et toutes celles qui osaient, envers et contre tout, le critiquer et dénoncer ses pratiques et notamment la torture des défenseurs des droits de l'Homme. Il a fallu qu'un jeune homme de 26 ans s'immole par le feu pour que le peuple tunisien se lève, qu'il n'ait plus peur car il se sentait bien seul, oui un espoir de liberté y est né.

Mais il a fallu attendre plus de 50 morts pour que l'Union européenne ose un timide communiqué dans lequel elle appelait à la retenue dans l'usage de la force sans mettre en cause en quoi que ce soit le sacro-saint partenariat de l'UE avec la Tunisie, sans condamner les violences jusqu'à samedi. Et le moins que l'on puisse dire M. Füle, c'est que le régime tunisien ne vous a guère entendu depuis votre nomination.

Ces mots de "retenue dans l'usage de la force" me sont restés au travers de la gorge. Les instances européennes savent pourtant être plus véhémentes avec d'autres régimes.

La Française que je suis, sait quelles sont aussi les responsabilités des autorités françaises puisque dans mon pays, il a fallu attendre samedi pour que le gouvernement condamne les violences et je ne reviendrai pas sur les propos inadmissibles de notre ministre des affaires étrangères, cela a déjà été dit. Visiblement, pour certains, le temps des colonies n'est pas encore révolu. Mais espérons que tout ceci fait partie du passé. Grâce au courage du peuple tunisien en quelques jours, le "miracle tunisien" si cher à certains ici, s'est effondré et a montré son vrai visage.

Aujourd'hui la responsabilité de l'UE est grande pour accompagner sans ingérence le peuple tunisien dans sa transition démocratique.

L'Union européenne doit suivre le processus électoral, et veiller à ce à ce qu'une commission d'enquête indépendante fasse toute la lumière sur ce qui s'est passé (les violences et la corruption).

Le peuple tunisien ne doit pas être spolié: les biens et avoirs des familles Ben Ali et Trabelsi doivent être gelés sur tout le territoire de l'Union européenne.

En Tunisie, l'Union européenne a failli. Un long chemin devra être parcouru pour que les Tunisiens reprennent confiance.

Aujourd'hui les choses sont encore difficiles mais un nouvel espoir s'est levé en Tunisie. Il doit avoir valeur d'exemple. Nous savons que des soulèvements identiques peuvent avoir lieu dans tous ces pays où les occidentaux font toujours passer leurs propres intérêts avant ceux des peuples concernés. Des hommes se sont déjà immolés en Algérie en Egypte et en Mauritanie.

Il est temps de passer des discours aux actes en matière de démocratie et de droits de l'homme. Il est temps de refonder les partenariats de l'UE avec les pays du sud et de construire enfin ceux-ci sur l'exigence démocratique, le respect des droits de l'Homme et l'égalité. Sinon l'UE fera effectivement le lit des intégristes".

Marie-Christine Vergiat

 

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