Un début de retournement

Un début de retournement

Je partage totalement ce point de vue de mon collègue Patrick Le Hyaric. La Revolution de jasmin est un formidable atout sur lequel nous appuyer pour démontrer que les peuples du maghreb et d'ailleurs (en Guinée par exemple), sont capables de prendre leur destinée en main même après des dizaines d'années de dictature.

2011-01-28

Deux grandes thèses avancées au lendemain de la chute du mur de Berlin ne sont-elles pas en train de prendre du plomb dans l’aile ? Celle de la fin de l’histoire. Puis celle de la guerre des civilisations.

La première tendant à faire croire que le capitalisme dominant le monde serait le seul modèle d’organisation des sociétés possible est sérieusement mise à mal par la grave, profonde et durable crise qu’il a déclenché et qui le mine lui-même.

Elle est devenue totale au sens où elle affecte la sphère bancaire, économique et financière, dérègle les productions alimentaires, les ressources énergétiques et en eau, compromet les équilibres climatiques et menace le devenir de la planète. Pour tous les habitants de notre terre, la prétendue « fin de l’histoire » prend les traits d’un désastre social, avec la misère, la pauvreté, le précariat du travail et un chômage permanent.

Les institutions mondiales sont elles-mêmes mises en doute et un type de construction européenne, derrière le vocable « d’Union européenne », tremble sur ses bases et est de plus en plus discrédité. Même parmi celles et ceux qui ont promu ce modèle, le doute s’installe, des débats s’aiguisent. Un début de solidarisation des salariés et des chômeurs émerge en Europe, de Grèce, d’Espagne, d’Irlande, du Royaume-Uni, de Roumanie, du Portugal. Souvent, la jeunesse donne le ton à la contestation.

L’injustice et le chômage sont de moins en moins supportés par de larges fractions des populations, parce qu’elles ont conscience que des sommes considérables sont accaparées par les oligarchies financières et politiques mondiales. D’Amérique Latine à la Tunisie, d’Europe à l’Afrique, au sein des peuples, bout l’aspiration à changer et à rechercher des voies nouvelles d’émancipation humaine, démocratique et progressiste. Elles seront forcément différentes de celles qui les ont précédées. Elles ont à se frayer un chemin inédit dans le contexte totalement nouveau d’un « monde mondialisé », avec le développement formidable « d’une révolution informationnelle » qui bouleverse tout et appelle à la coopération et à l’échange et non de la concurrence. Tout cela crée des conditions neuves pour la mise en commun des savoirs et des pouvoirs. Le « capitalisme financier planétaire » lui-même, en aiguisant une lutte des classes d’une autre dimension, pousse à la recherche de solidarisations des peuples, jusqu’ici inconnues.

La marche tunisienne vers la démocratie et pour le progrès social met à mal l’autre thèse née il y a à peine une dizaine d’années selon laquelle nous vivrions « une guerre des civilisations ». Ce concept, défini encore après la chute des régimes soviétisés, autoritaires et policiers des pays de l’est européen, visait pour les tenants de l’ultralibéralisme et du capitalisme mondialisé à définir une sorte de nouvel ennemi décrit à partir d’un ensemble de pratiques, renvoyant à un héritage religieux. La guerre des religions se substituant à la lutte de classes, tel était le rêve de ces  idéologues nord-américains qui n’hésitèrent pas à former des cadres pétris d’un islamisme fondamentaliste pour faire reculer les mouvements progressistes arabes.

L’apogée de cette funeste théorie  a été atteinte au lendemain du 11 septembre 2001. A partir de ce moment, la direction nord-américaine, Bush et Rumsfeld, renforçait la capacité d’attraction de Ben Laden auprès de populations appauvries, dominées, humiliées, pour renforcer le pouvoir et la stratégie des Etats-Unis. Il a fallu le discours de M. Obama au Caire, le 4 juin 2009 pour sortir en paroles de cette orientation. Malheureusement, ce discours n’a pas eu pour l’instant d’effet concret, notamment pour faire reconnaître un Etat palestinien. Loin s’en faut ! Mais la théorie de « la guerre des civilisations » produit toujours ses effets négatifs. Elle aide notamment des forces de droite et l’extrême-droite à faire monter des divisions, des haines, contre les musulmans en Europe. On en voit de multiples exemples dans les discours de la nouvelle dirigeante  de l’extrême-droite dont on se demande pourquoi elle bénéficie depuis des mois d’une telle promotion médiatique.

Voilà que la révolution tunisienne commence à changer la donne. Celle-ci ne se fait pas comme d’autres contre des impérialismes mais contre le pouvoir tunisien, dictatorial, corrompu et antisocial. Elle porte à la fois sur l’exigence démocratique et la question sociale, la demande d’une nouvelle répartition des richesses et contre la hausse des prix des denrées alimentaires, générée par la spéculation mondiale. Elle ne porte pas le retour à des valeurs traditionalistes mais fait vivre les belles valeurs universelles de démocratie, de liberté, de droits humains.

Les femmes y jouent un rôle essentiel avec la jeunesse. Ce ne sont pas des prêches d’imam, mais les Tunisiens eux-mêmes, avec les associations des droits de l’homme, les syndicats, les forces et les partis démocratiques et progressistes qui impulsent le mouvement. Ce qui se passe est suivi de près par tous les peuples, notamment par le nôtre avec qui des liens si proches existent. Cela amènera sans doute une multitude de personnes à porter un nouveau regard sur le monde musulman avec l’espoir  que la Tunisie devienne  la pointe avancée d’un mouvement profond au Maghreb. En tout cas, elle montre que la toute puissance des pouvoirs, si autoritaires soient-ils, peut être renversée plus vite qu’on ne le pense souvent. Il n’y a pas d’illusions à avoir. Des pressions considérables s’exercent pour détourner, pour récupérer cette révolution. Pour une raison simple : elle met à mal la théorie du choc des civilisations. Elle menace les théocraties du Maghreb. Elle pose de nouveaux problèmes aux dirigeants français et européens.

C’est la raison pour laquelle les institutions européennes ont refusé que le Parlement européen décide d’une résolution soutenant le peuple tunisien comme le demandait le groupe de la gauche unitaire européenne et Europe-écologie-verts. Nous soutiendrons de toutes nos forces le printemps  de la démocratie en Tunisie et partout ailleurs. Avec les démocrates, les jeunes, les femmes, les ouvriers tunisiens, nous invitons à porter la flamme de la justice qui a surgi dans l’espace public. Au Maghreb comme ailleurs, l’effervescence gagne les rues et les consciences. Les bourbiers irakiens et afghans reposent la question de savoir si c’est aux impérialismes et notamment aux Etats-Unis d’exporter ce qu’ils appellent leur « démocratie » et leur « civilisation ». Les dogmes élaborés dans les antichambres des penseurs du capitalisme mondial pour mieux dominer les peuples sont bel et bien en train de se craqueler aux quatre coins du monde.

 

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