Billet d'humeur n°1 : Les Roms et l'Europe, affaire à suivre

Billet d'humeur n°1 : Les Roms et l'Europe, affaire à suivre

J'ai été scandalisée par la façon dont les autorités françaises, à commencer par le Président de la République, et deux de ses plus serviles ministres, Eric Besson et Pierre Lellouche, se sont comportés au sein des institutions européennes.

Le 9 septembre, le Parlement européen vote une résolution à une très large majorité (plus de 80 voix), condamnant la politique de la France à l'égard des Roms. La Commissaire Reding, présente en séance, défend comme elle le peut la position du gouvernement français se fiant aux déclarations des ministres susnommés, ce que nombre de parlementaires lui reprochent.
Nos deux aboyeurs se répandent alors dans les médias pour dire que le Parlement européen fait de la politique politicienne, etc... Répéter leur propos n'a aucun intérêt.
Le dimanche suivant, la presse française révèle la fameuse circulaire d'août qui vise explicitement la communauté Roms.
Les instances européennes s'agitent notamment du coté du Conseil et de la Commission.
Et madame Reding, dans une déclaration écrite du 14 septembre, constate que "les assurances politiques données par nos deux ministres français sont en contradiction avec ladite circulaire".
Elle parle d"'impression que des personnes sont renvoyées d'un Etat membre juste parce qu'elles appartiennent à une certaine minorité ethnique". Et elle ajoute : "Je pensais que l'Europe ne serait plus le témoin de ce genre de situation après la 2nde guerre mondiale". Rien de plus, rien de moins. Mais sans doute la petite phrase à éviter quand on connaît les capacités de notre Président à renverser les situations les plus improbables.
Les hurlements des uns et des autres n'ont alors plus de limite.
Comment une commissaire européenne, issue d'un des plus petits pays de l'UE ose-t-elle s'en prendre à un grand pays comme la FRANCE?
On se le demande en effet, d'autant que ladite Commissaire appartient au même camp politique que Nicolas Sarkozy.
J'ai la faiblesse de penser que la Commissaire Reding, quand même, saisit par un certain nombre d'associations françaises sur la situation faite aux Roms, était obligée de réagir.
Le Traité de Lisbonne a quelques failles en matière de droit de l'Homme qui avaient sans aucun doute échappé à Nicolas Sarkozy, considérant sûrement ces sujets comme subalternes ou comme de l'affichage pour faire passer le reste. Or, la Charte des droits fondamentaux, même si dans beaucoup d'aspects je lui préfère la Convention européenne des droits de l'Homme, fait désormais partie intégrante des Traités et la libre circulation, même si elle concerne d'abord les marchandises et les capitaux, entraine quand même aussi un certain nombre de règles à appliquer vis à vis des citoyens européens.
Donc la Commission a bel et bien enclenché une procédure d'infraction vis à vis de la France. Elle est certes encore limitée mais elle existe contrairement à ce qu'ont prétendu les ministres et malheureusement une grande partie de la presse française.
C'est donc avec stupéfaction que j'ai entendu le Président la République, premier sorti du Conseil européen et premier à se précipiter devant les caméras, osé dire qu'il avait le soutien de l'ensemble des membres du Conseil.
Un tel aplomb en laisserait plus d'un sans voix, quand on sait qu'en réalité seul Silvio Berlusconi l'a réellement soutenu publiquement et qu'Angela Merkel, s'est même fendue d'un communiqué pour dire qu'elle n'avait jamais parlé de la question des Roms avec Nicolas Sarkozy lors de ce Conseil.
Tout ceci pourrait être risible si la façon dont les Roms sont traités n'était pas aussi dramatique. Je constate cependant qu'au Parlement, je ne suis pas la seule à vouloir mener cette bataille puisque je viens de signer avec des autres députés de la GUE-NGL, des Verts et des Libéraux une question orale à la Commission sur le fichier MENS (ce fameux fichier illégal de la gendarmerie qui ne concerne que... les Roms).
Si tout va bien, nous aurons donc un nouveau débat au Parlement européen lors de la prochaine session à Strasbourg, soit entre le 18 et le 21 octobre.
Affaire à suivre...

Marie-Christine Vergiat

Créé avec l'aide de Drupal, un système de gestion de contenu "opensource"

Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche