Chronique d'une eurodéputée - les politiques migratoires de l'UE après le dernier drame de Lampedusa

Chronique d'une eurodéputée - les politiques migratoires de l'UE après le dernier drame de Lampedusa

Novembre 2013 - Plus de 350 migrants, essentiellement érythréens, ont perdu la vie à 600 mètres des côtes italiennes. L'ampleur de ce drame a provoqué émotion et indignation montrant une fois encore les conséquences de cette Europe forteresse, repliée sur elle-même, qui, à force de contrôles et de fermeture de ses frontières,  pousse les migrants à prendre de plus en plus de risques, devenant des proies faciles pour les passeurs et les trafiquants de la pire espèce.

Oui, ce drame aurait pu être évité si la loi italienne n'exposait pas les sauveteurs éventuels à des sanctions pénales pour aide à l'immigration illégale.

Oui ce drame aurait pu être évité si les gardes côtes et les bateaux de Frontex (l’Agence de surveillance des frontières de l’UE), y compris ceux des États membres, remplissaient leurs obligations internationales en matière de sauvetage en mer.

Plus largement, c'est bien la politique migratoire de l'UE et de ses Etats membres qui est en cause. Ces hommes, ces femmes fuyaient une dictature et doivent être reconnus comme réfugiés mais l'UE et ses Etats membres respectent de moins en moins leurs obligations en matière de droit d'asile. Ils procèdent au refoulement de tous les migrants sans tenir compte de leurs statuts vers des pays où leurs droits sont bafoués, voire leur sécurité et leur intégrité mises en cause.

Les pays limitrophes de l'UE sont transformés en gendarmes de l'UE et pire, l'UE conditionnent ses aides à ces pays non seulement à la réadmission de leurs ressortissants mais aussi de tous ceux et de toutes celles qui y ont transité créant des tensions migratoires dans ces pays.

Il en va de même au sein de l'UE où, en raison du mécanisme de Dublin, les migrants sont systématiquement renvoyés vers le pays dit entrant, c'est-à-dire celui par lequel les migrants sont arrivés sur le territoire de l'Union. Cela met une pression supplémentaire sur les pays du Sud et notamment Chypre, Malte, l'Italie, l'Espagne et surtout la Grèce qui n'ont pourtant pas vraiment besoin de cela.

Laisser monter les discours xénophobes, c'est alimenter les haines à l'égard de tous ceux et toutes celles qui vivent sur notre territoire et notamment ceux qui vivent en France depuis plusieurs générations et qui ont acquis la nationalité française.

Il serait temps également que la Patrie des droits de l'Homme soit à la hauteur  de sa réputation et cesse de bafouer des droits aussi fondamentaux et universellement reconnus que le droit à l'éducation ou le droit de vivre en famille comme elle vient de le faire avec Khatchik et Léonarda au mépris de la Convention internationale des droits de l'enfant qu'elle a pourtant ratifiée.

Alors oui, en ce domaine, comme dans d’autres politiques sont possibles. Des politiques de solidarité préoccupés d’abord de la situation des individus. Pour moi, savoir parler de ces questions sera un des enjeux majeurs des prochaines élections européennes.

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Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche