Chronique d'une eurodéputée n°15 - Roms : Assez d'inhumanité !

Chronique d'une eurodéputée n°15 - Roms : Assez d'inhumanité !

2011-11-4 Après les propos de triste mémoire du Président de la République qui, partant une fois encore d'un fait divers, a osé prendre les Roms comme boucs émissaires, les politiques européennes ont beaucoup été mises en avant.
Le Parlement européen avait très vite réagi aux propos xénophobes de Nicolas Sarkozy forçant la Commission européenne à sortir du bois. Passons sur les passes d'armes qui s'en sont suivies sauf pour relever qu'en tout état de cause, le gouvernement français n'en est pas sorti grandi au niveau européen et interrogeons-nous sur la réalité des politiques européennes en ce domaine.

Depuis 3 ans, en effet, officiellement, des actions en faveur des populations roms sont mises en œuvre dans l'ensemble de l'Union européenne mais, le moins que l'on puisse dire, c'est que les résultats ne sont guère probants.
C’est sans doute en Hongrie que la situation est la plus dramatique. Il y a des agressions physiques avec mort d’hommes par des groupes fascistes qui interviennent dans les villages. Et le pouvoir en place n'est visiblement guère préoccupé par la poursuite des coupables.
Mais des discriminations plus ou moins importantes existent dans tous les pays européens alors que, ou peut être parce que, les Roms constituent la plus importante minorité culturelle en Europe (10 à 12 millions de personnes).
Les « événements » français ont obligé la Commission à réagir. Tout d'abord vis à vis de la France avec les résultats que l'on sait et plus largement pour établir un bilan de l’utilisation des fonds européens par les États et pour proposer l'élaboration de stratégies nationales qui doivent être présentés avant la fin de l'année 2011.
L’Union européenne consacre officiellement 17,5 milliards d’euros à ces politiques. Partout les fonds sont sous ou mal utilisés et presque partout on se demande à quoi ces fonds servent réellement.
L'exemple de la France est assez éclairant. Pour la période 2007-2013, sur les 4,5 milliards reçus au titre du FSE (le fonds social européen), il n'y a qu'un million ciblé sur les Roms au sens large du terme. Seulement 28 projets  dans 11 régions (aucun dans le Sud-Est) et trois seulement au bénéfice de populations venant de Roumanie ou de Bulgarie.
Et la France ose justifier son inertie en expliquant que les programmes spécifiques n'ont pas de raison d'être puisque ces populations bénéficient des dispositifs de droit commun. Un tel cynisme laisse sans voix.
Pire, de par le mode de gestion des fonds européens, les élus locaux peinent à y accéder même quand l'Etat n'a pas obligation de cofinancer comme c'est le cas pour le FEDER et les opérations en matière de logement.
J’ai, à plusieurs reprises, interrogé Viviane Reding, la commissaire en charge de ces questions,  sur les incohérences des réponses fournies par les autorités françaises, dénonçant le double discours et  la situation dramatique des Roms qui ne cesse d'empirer dans notre pays puisque les expulsions collectives se poursuivent au mépris du droit européen.
Je suis atterrée par les réponses reçues et j'ai décidé de travailler avec les associations pour réagir point par point, exemples à l'appui. L’Europe ne doit plus tolérer cela. La Charte des droits fondamentaux tout comme la Convention européenne des droits de l’Homme ne peuvent être juste des alibis. Il faut passer aux actes avec autant de laisser qu'en matière économique. Les atteintes aux droits de l'Homme ne méritent-ils pas autant d'attention que les distorsions de concurrence. Il n'est plus supportable que les gens vivent dans de telles conditions d'inhumanité.

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Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche