Chronique d'une eurodéputée n° 17 - Jusqu'où iront-ils ?

Chronique d'une eurodéputée n° 17 - Jusqu'où iront-ils ?

J'ai souvent coutume de dire que l'Union européenne est capable du meilleur comme du pire et, qu'en ce moment, c'est bien de son pire visage qu'elle nous gratifie. Au fil de ces chroniques, je vous fais part de quelques uns de nos combats au sein du Parlement européen et je suis de plus en plus atterrée par le « triste spectacle » dont nous gratifient ses dirigeants.

Je ne reviendrai pas sur les évolutions en Grèce et en Italie, elles sont largement abordées dans ces colonnes sauf pour dire que, comme c'était malheureusement prévu, Mario Monti vient justement d'annoncer un nouveau plan de rigueur en Italie de 30 milliards d'économies essentiellement sur les retraites et de 10 milliards de hausses d'impôts essentiellement de TVA et il a martelé, bien sûr, qu'il n'y avait pas d'alternative

Ce n'est et ne sera jamais assez. Et ce qui est vrai dans les pays les plus touchés par leur crise doit se répandre partout en Europe car il faut soit disant sauver l'euro. Et on les voit s'agiter pour trouver de nouvelles potions amères qui devraient enfin juguler l'appétit des marchés. Nous savons qu'il n'en est rien. En première ligne de cette comédie, le couple infernal Merckel/Sarkozy.

A peine le « 6 pack » (les 5 directives et le règlement qui mettent en œuvre la fameuse gouvernance économique) voté par le Parlement européen, les conciliabules, déjeuners, dîners et conférences de presse de nos deux comparses se multiplient. Il faudrait construire une Europe plus politique. Ah bon parce que celle-ci ne l'est pas peut être. Cette Europe ou plutôt cette Union européenne (car l'Europe ne se limite pas aux 27 Etats membres de l'Union européenne) n'est-il pas l'espace géo-politique au monde où les Etats ont le plus renoncé aux instruments de régulation économique pour laisser faire la concurrence libre et non faussée. Et ils parlent de solidarité, de solidarité budgétaire bien sûr car il s'agit de toujours réduire encore plus les dépenses pour compenser les pertes de recettes. Ce qu'ils oublient de nous dire, c'est que l'Union européenne est toujours, crise ou pas crise, la 1ère puissance économique mondiale et qu'en son sein, les écarts de revenus depuis 30 ans n'ont cessé de s'accroître.

Les chiffres sont là pour le dire. Les entreprises du CAC 40 sont en pleine forme et continuent leur distribution et bien que la lutte contre la pauvreté soit un des 5 objectifs de leur fichue stratégie Europe 2020, le nombre de personnes menacées de pauvreté en Europe s'élève, selon une résolution récemment adoptée au Parlement européen à 160 millions de personnes (plus du tiers de la population européenne) et, parmi eux, de plus en plus d'enfants et de personnes âgées. Alors que leur nombre fléchissait régulièrement depuis de nombreuses années, depuis 2008, tous les indicateurs sont au rouge.

Et c'est ce moment qu'ils ont choisi pour tenter de supprimer le programme d'aide alimentaire. Grâce à la mobilisation, ils ont eu dû y renoncer mais c'est une victoire éphémère car le programme n'a été rétabli que pour deux ans et il va falloir rester vigilants.

Ils viennent d'ailleurs d'engager une nouvelle bataille avec en première ligne, une nouvelle fois, l'Allemagne.

Cette fois-ci, c'est le fonds européen d'ajustement à la mondialisation qui est visé. Le nom de ce fonds est déjà tout un programme. Il a été créé en 2008 justement pour faire face à la crise et aider les Etats à financer des plans sociaux.

Je me suis toujours sentie mal à l'aise par rapport à ce dispositif car s'il aide effectivement des salariés victimes ce licenciements, cela aboutit quand même à légitimer des méthodes qui de douteuses deviennent scandaleuses quand les entreprises concernées sont celles du CAC 40 qui distribuent des millions à leurs actionnaires et licencient leurs salariés en Europe pour délocaliser en Afrique ou en Asie.

Toujours est-il que fin novembre, les Etats membres ont été incapables de prendre une décision sur le renouvellement de ce fameux fonds et ce qui est surtout intéressant en l'espèce, ce sont les motifs invoqués par les Etats "récalcitrants" puisque ceux-ci renvoît les Etats concernés à leurs responsabilités. La " crise" qui avait légitimé la création du fonds serait-elle finie? Les effets néfastes de la mondialisation auraient-ils disparus ? Ce fonds n'est qu'un cautère sur une jambe de bois... mais c'est encore trop pour certains !

Il me semble que c'est encore un bel exemple de ce qu'est cette solidarité européenne dont on nous rebat les oreilles en ce moment. On plonge les Etats membres dans la récession et quand il s'agit d'en éponger les conséquences sociales, c'est le chacun pour soi qui prévaut.
C'est bien la vision de l'Europe qui est en cause tout comme au moment de l'aide alimentaire.

Alors souvenons nous de ce qu'ils racontaient tous au moment de la campagne européenne. Il n'était alors question que d'Europe sociale. Rappelons tout cela dans les mois qui viennent et ne cessons de dire et redire "une autre Europe est possible et plus que jamais nécessaire". Oui d'autres politiques sont possibles en Europe comme en France.

Marie-Christine Vergiat

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Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche