Chronique d'une eurodéputée n°19 - Une autre Europe est plus que jamais nécessaire

Chronique d'une eurodéputée n°19 - Une autre Europe est plus que jamais nécessaire

L’Union européenne nous montre en ce moment un de ses pires visages et risque de provoquer un rejet de toute construction européenne. En cette période difficile, il est donc important de réfléchir à l’Union européenne que nous voulons.
Tout d'abord, au nom de quoi les dirigeants européens et bien d’autres parlent comme si l’Union européenne se confondait avec l’ensemble des pays européens ? Il n’en est rien et il serait temps, là, de cesser de reprendre les travers des dirigeants de ladite Union européenne. Sans revenir sur les détails de la construction européenne, on peut rappeler qu’elle s’est construite via un très petit nombre d’Etats (à 6 puis à 9), avant de passer de 12 à 15, puis à 25 et aujourd’hui 27 et bientôt 28 puisque le processus d’adhésion avec la Croatie est désormais quasiment bouclé.

Mais cela ne constitue toujours pas, loin de là, l’ensemble des pays européens qui sont 47 à être membres du Conseil de l’Europe auquel il convient d’ajouter la Biélorussie. Mieux, nombre de ces Etats ne rejoindront sans doute jamais l’UE sans parler de ceux dont les peuples ont refusé l’adhésion comme la Norvège.
Cela dit, revenons à l’UE. Construite sur un prisme initial purement économique, l’UE a, au moins théoriquement, intégré d’autres politiques et l’on peut dire aujourd’hui que 60 à 80 % des politiques nationales sont peu ou prou influencées par des décisions européennes. Et là dedans, tout n’est pas à jeter. Il me parait symptomatique de dire que la GUE/NGL vote plus ou moins 30 % des textes soumis au vote du Parlement européen. Mais voté par le Parlement européen ne veut pas dire adopté par l'ensemble des institutions européennes.
Il est donc important de rappeler l’articulation entre les différentes instances européennes. Les débats sont beaucoup plus houleux entre les unes et les autres qu'une vision simplificatrice tend à le montrer notamment dans les médias. Mais il est vrai que l'intergouvernemental n’a jamais été aussi prégnant et que l’avis du Conseil des ministres prédomine souvent. La façon dont les discussions se mènent actuellement sur la réforme des Traités est assez éclairante. C’est bien le Conseil des ministres européens qui mène la danse et en son sein le couple diabolique Merkozy.
Cette prééminence est renforcée par le fait que les Etats membre ne prennent  souvent dans les textes européens que ce qui les arrangent. Récupérant à leur profit ce qui semble positif électoralement, modifiant ou interprétant à leur guise des pans entiers de politique européenne et désignant les institutions européennes et plus précisément la Commission (communément appelée Bruxelles et ses technocrates) comme bouc-émissaire quand c’est l’inverse. L’analyse des différences de transposition de tel ou tel texte est assez éclairante et on ne peut qu’être surpris des différences de mises en œuvre. La France est en ce domaine un des meilleurs élèves de la classe et va même au-delà de ce que demandent les textes européens dès lors qu’il s’agit de libéralisme économique. La casse des services publics est assez remarquable à cet égard et sans vouloir dédouaner les politiques européennes, il serait bon de limiter leur paternité à ce qui leur revient réellement. La privatisation de La Poste, nullement imposée par l’Union Européenne, est là encore éclairante.
Dans le débat en cours, les Etats renoncent eux-mêmes à leur indépendance budgétaire pour mieux imposer les politiques austéritaires à leurs peuples ce qui ne les empêche pas de brandir la subsidiarité à tour de bras pour s’opposer à toute autre politique. Au moment même où les Etats décident volontairement d’abandonner leur pouvoir budgétaire, il n’a parallèlement jamais été autant question de cette fameuse subsidiarité. Ce qui se passe sur le plan des libertés publiques est particulièrement intéressant et même aberrant. Est-il question des Roms ? Et les Etats-membres refusent au-delà des belles déclarations d’intention de la commissaire Reding toute politique européenne d’intégration. Pire, il n’est nullement question de sanctionner les Etats qui mettent en œuvre ou couvrent les discriminations dont ces populations sont victimes. La France condamnée par le Conseil de l'Europe en ce domaine ne l'est pas par l'UE.
Est-il question de politiques migratoires et chaque Etat veut maîtriser le contrôle de ses frontières quitte à sacrifier la liberté de circulation des personnes pourtant elle aussi inscrite dans les textes fondamentaux de l'UE. Là encore, Nicolas Sarkozy et son gouvernement se sont tristement illustrés.
Mais pire encore est l’incapacité de l’UE à réagir face aux dérives autoritaires de la Constitution hongroise. L’occasion serait pourtant belle de prouver que les soi-disant valeurs européennes telles qu'elles découlent de la chartre européenne des droits fondamentaux et de la Convention européenne des droits de l’Homme, mais qui sont des valeurs universelles, sont autre chose que des mots. Mais prompte à réagir dès que la liberté de concurrence est «faussée », l’UE tergiverse et ne trouve matière à intervenir que sur la mise en cause de l’indépendance de la banque centrale hongroise.
Cela devient insupportable. Il y a pourtant plus que jamais besoin d’une autre Europe, capable de prendre en compte l'avis de ses peuples, et de leur proposer plus de solidarité, de justice sociale et fiscale. Avec d'autres choix politiques car l’UE est toujours la première puissance économique mondiale.
Au moment où l'UE vit une de ses pires crises démocratiques et que l’on veut bâillonner ses peuples en intégrant les dogmes ultra-libéraux dans les Constitutions des Etats-membres, alors que ces dogmes plongent de plus en plus les peuples européens dans un des pires marasmes économiques qu'ils aient jamais connu, il est grand temps de réfléchir à notre conception de l'Union européenne et d'y organiser des espaces de résistance, la GUE/NGL entend y prendre toute sa place aux côtés du Parti de la Gauche européenne et de son Président Pierre Laurent.

Marie-Christine Vergiat

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Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche