Chronique d'une eurodéputée n°20 - Mécanisme européen de stabilité : j’enrage

Chronique d'une eurodéputée n°20 - Mécanisme européen de stabilité : j’enrage

Nicolas Sarkozy a donc réussi son coup et a pu faire adopter le mécanisme européen de stabilité (le MES) par le Parlement français avant les élections présidentielle et  législatives. J’enrage car cela aurait pu être évité.
En effet, le Sénat dispose théoriquement désormais d’une majorité de gauche. Je dis théoriquement car, déjà le  16 février dernier, il a manqué 4 voix pour qu’une proposition de loi visant à interdire les licenciements boursiers, proposée par Annie David, soit adoptée. Et ils viennent de récidiver car la majorité des sénateurs socialistes se sont courageusement abstenus sur le MES.

Le pire, ce sont les explications qui sont données pour justifier l’adoption de ce texte. Pour ses thuriféraires, ce mécanisme prétend instaurer un mécanisme de solidarité vis-à-vis des Etats en difficulté au sein de la zone euro. Autrement, il s’agirait de faire moins mal qu’avec la Grèce, d’éviter les tergiversations.
Il faut donc rappeler pourquoi la Grèce s’enfonce dans la crise ? D’abord et avant tout parce que sa dette ne cesse de s’aggraver. Et pourquoi cette dette s’aggrave-t-elle ? Parce que la fameuse Troïka (Commission, BCE, FMI), de plan en plan, ne cesse d’imposer de nouvelles mesures d’austérité au peuple grec et à lui seul. Toujours moins de salaires, toujours moins de retraites, toujours moins de traitements pour les fonctionnaires. Et donc toujours moins de recettes publiques et en conséquence toujours moins de services publics. C’est une spirale infernale.
Pourtant d’autres solutions sont possibles ne serait-ce qu’en faisant payer des impôts à ceux qui le peuvent, en luttant contre la fraude fiscale (abyssale en Grèce) et en tranchant dans le budget de la défense qui est le plus important de l’UE. Nous ne cessons de le dire au Front de Gauche et au sein de la Gauche européenne.
Mais il y a plus grave. En effet, tous ceux qui ont analysé de près la situation grecque savent que les premièrs responsables sont les banques auprès de qui la Grèce s’endette chaque jour un peu plus.
Et le comble, c’est que la BCE continue de leur prêter de l’argent au taux inouï de 1 % et qu’elles reprêtent cet argent aux Etats en difficulté à des taux bien supérieurs. Mieux encore, ces taux sont fonction de la situation (de la notation devrais-je dire) des pays emprunteurs. Autrement dit,  plus le pays va mal et plus il doit emprunter à des taux élevés.
Si les dirigeants de l’UE avaient un minimum de bon sens, ils proposeraient tout simplement, comme nous le demandons à cor et à cris, que la Banque centrale européenne prête directement aux Etats au taux de 1%. Et contrairement à ce qu’ils nous racontent, c’est possible sans modifier les Traités puisque la BCE a le droit de prêter aux établissements publics de crédit.
Mais non seulement ils ne le font pas mais ils ont, en prime, inventé ce fichu mécanisme dit de stabilité doté par les Etats financeurs qui devront pour le faire emprunter auprès … des banques. Pire, ils font dépendre sa mise en œuvre de la ratification par les Etats-membres de l’autre Traité, celui dit de stabilité, de coordination et de gouvernance, celui qui demande d’inscrire la règle d’or dans les Constitutions. Autrement dit celui qui obligera les gouvernements et les Parlements à se faire harakiri et à renoncer, de fait,  à leur pouvoir budgétaire et surtout qui empêchera, s’il est un jour voté, toute politique alternative.
Alors non quoi qu’en disent, les fédéralistes béats au premier rang desquels figure Daniel Cohn Bendit qui a osé comparer l’adoption de ce texte à la loi Weill et accuser la poignée de parlementaires parmi lesquels figurent les élus du Front de gauche de faire une bourde historique, le MES n’est pas un pas en avant vers la solidarité européenne. C’est tout le contraire. Il mettra demain l’Espagne, le Portugal et l’Italie dans le même cercle vicieux que celui dans lequel ils ont déjà mis la Grèce.
Tous ceux qui ont voté ce mécanisme ou l’ont laissé voter, loin de faire progresser l’idée européenne, l’enfoncent dans sa dérive austéritaire et anti-démocratique. Sachons le rappeler lors des échéances qui arrivent.

Marie-Christine Vergiat

 

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Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche