Chronique d'une eurodéputée n°21 - Continuons à parler d’Europe

Chronique d'une eurodéputée n°21 - Continuons à parler d’Europe

Curieux de voir comment l’enjeu européen a disparu de la campagne pour ses plus virulents thuriféraires. Qu’est-ce à dire ? Que ce n’est plus un  sujet ? Ou bien plutôt que pour ceux-là même, il ne faut surtout pas ouvrir le débat avec les électeurs ? Au Front de gauche, nous pensons le contraire. Nous ne cessons de dire que 70 à 80 % de la politique nationale est impacté par les décisions européennes et qu’il est temps de s’affranchir du Traité de Lisbonne.

Comme nous le disons dans le programme « L’humain d’abord », le Traité de Lisbonne « concentre toutes les impasses du capitalisme de notre époque. Il impose la concurrence libre et non faussée au détriment des droits sociaux […] encourage le libre-échange au détriment de l’environnement et de la justice sociale ». Le tout sans le moindre débat démocratique, voir au mépris de la démocratie la plus élémentaire. Nous l’avons vu après 2005 quand Nicolas Sarkozy a imposé le Traité de Lisbonne par la voie parlementaire après le non français. Nous l’avons vu plus récemment avec l’adoption quasi en catimini du mécanisme européen de stabilité (cf. ma dernière chronique). Nous le voyons aussi aujourd’hui en Grèce et en Italie où des gouvernements dits techniques ont été mis en place sans la moindre consultation démocratique. Heureusement, les Grecs devraient pouvoir enfin se rendre aux urnes début mai.
Avec ce qu’il est désormais convenu d’appeler la « percée » de Jean Luc Mélenchon dans les sondages, on nous ressort le vieux discours sur les euroseptiques. Parce que nous ne sommes pas d’accord avec cet Europe-là, nous serions anti-européens. Nous pourrions en rire si ce n’était révélateur de l’incapacité à penser autrement de l’élite politico-médiatique qui nous gouverne actuellement.
Comment peuvent-ils toujours prétendre qu’il n’y a pas d’alternatives à ces politiques austéritaires qui font peser uniquement sur les peuples les factures de leur incapacité à réguler ce capitalisme financier débridé qui nous enfonce chaque jour un peu plus dans la crise. Comment peuvent-ils continuer de justifier l’indépendance de la Banque centrale européenne qui prête aux banques à 1 %, lesquelles font payer aux Etats des taux au moins 5 à 6 fois supérieurs, confortant ainsi chaque jour davantage l’aggravation de la dette publique. Et ce alors que toutes les autres grandes banques centrales procèdent inversement.
Alors non, nous ne sommes pas anti-européens. Plus que jamais nous disons que nous ne voulons plus de cette Europe-là car leur conception de l’Europe nous mène droit dans l’impasse, favorise la spirale de la récession et détruit non seulement l’Europe sociale mais aussi l’idée démocratique en Europe. Plusqu’eux, nous refusons les replis nationalistes et identitaires. Nous ne jouons pas avec les peurs.
Nous savons que nous sommes au contraire de plus en plus nombreux, partout en Europe, à vouloir construire une autre Europe comme en a témoigné le succès du Sommet alternatif organisé par le PGE (Parti de la Gauche européenne) les 30 et 31 mars à Bruxelles et qui a rassemblé des représentants des mouvements sociaux de 23 pays de l’UE.
Partout en Europe, des progressistes suivent avec intérêt et espoir notre campagne. Votez Jean Luc Mélenchon pour la présidentielles et pour les candidats du Front de gauche aux législatives, c’est au contraire peser pour sortir de ces logiques d’asservissement aux seuls marchés financiers, casser ce consensus libéral qui va malheureusement bien au-delà des forces de la droite la plus réactionnaire. C’est ouvrir un nouvel espoir en France mais aussi en Europe.

Marie-Christine Vergiat

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Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche