Chronique d'une eurodéputée n° 24 : C'est au peuple qu'il appartient de trancher

Chronique d'une eurodéputée n° 24 : C'est au peuple qu'il appartient de trancher

"Fin juin, nous sortions d'une campagne exaltante et nous étions ravis de nous être enfin débarassés de Nicolas Sarkozy. Nous étions sans illusion mais quand même le moins que l'on puisse dire c'est que la rentrée ne s'annonce pas sous les meilleures auspices.
Il y eut d'abord la reprise des expulsions de Roms et j'aurais sans doute l'occasion de revenir sur ce sujet. Il y a eu les ronds de jambe au MEDEF de la rentrée remplaçant les déclarations tonitruantes de juin sur les plans de licenciements dont PSA est une sorte de symbole, les tergiversations sur le prix du carburant, la cacophonie sur le nucléaire et bien d'autres mais je vais m'en tenir à la façon dont le gouvernement se coule dans le carcan de l'Europe libérale.
Reprenons d'abord quelques citations du Président de la République lors de la campagne.

D'abord le 11ème de ses 60 engagements : "Je renégocierai le Traité européen issu de l'accord du 9 décembre 2011 en privilégiant la croissance et l'emploi et en réorientant le rôle de la BCE."
Puis le 22 janvier au Bourget : " La France doit retrouver l'ambition de changer l'orientation de l'Europe. C'est le vote des Français qui sera notre levier pour convaincre."
Et le 15 avril à Vincennes : "Chacun sait que si je suis demain Président de la République [...] l'austérité ne sera pas la norme."
Ou encore le 2 mai lors d'un face à face avec Nicolas Sarkozy : " Mon devoir si je deviens le prochain Président de la République, c'est de donner une autre orientation à l'Europe que celle que vous avez subie."
Quand on remet tout ceci bout à bout, on a envie de dire : Chiche, monsieur le Président, oui, vite, faisons un référendum et les Français vous aideront effectivement à faire changer cettte Europe dont ils ne veulent plus comme la majorité des peuples européens.
Mais ce n'est pas dans ce sens que s'oriente le gouvernement Ayrault. Bien au contraire, il met beaucoup de zèle à convaincre les quelques parlementaires réticents de sa majorité de voter ce Traité austéritaire.
J' ai déjà eu l'occasion de dire dans ses colonnes ce qu'il en était des conclusions du Conseil européen des 28 et 29 juin dernier.
La lecture de la presse européenne au lendemain du dit Sommet était assez éclairante. Tous les participants s'étaient alors félicités des résultats. Ils avaient tous gagné. dès lors, comment ne pas s'interroger : vu la majorité politique en Europe, il doit y avoir un loup quelque part. La "victoire" de François Hollande n'est-elle un écran de fumée ?
Pour trouver la vérité, il suffit de lire letexte du Traité qui sera soumis au vote du Parlement. Il ne contient pas la moindre référence au Pacte de croissance. force est de constater que pas le moindre mot du Traité Merkozy n'a été changé.
Et ce texte fera perdre toute autonomie budgétaire aux Etats-membres puisqu'il inscrit dans le marbre la règle d'équilibre budgétaire, qu'il impose aux etats signataires des choix économiques ultra libéraux via une soi disant coopération renforcée pour toutes les grandes réformes économiques.
Pire, les aides de ce qu'ils osent appeler le mécanisme européen de solidarité (MES) seront reservées aux Etats-membres ayant ratifié le Traité. Donc au lieu de solidarité vis a vis des Etats en difficulté, c'est un carcan plus austéritaire que jamais que l'on veut installer. doit-on rappeler que nos parlementaires ont été quasiment les seuls à voter contre le MES et la très grande majorité des parlementaires socialistes se sont courageusement abstenus alors qu'avec la majorité au Sénat, ils pouvaient bloquer ce texte.
Le traité austéritaire se situe dans la logique du Pacte de stabilité. il va même plus loin puisqu'il instaure une règle d'équilibre budgétaire avec une marge de 0,5% au lieu des 3% en vigueur jusqu'à présent. En outre, le champ d'application de ces règlesest élargi à l'ensemble des administrations publiques, c'est-à-dire y compris les collectivités territoriales et les organismes de protection sociale.
Pire encore, les Etats seront obligés, sous peine de sanctions, de mettre en oeuvre des mesures visant a corriger les écarts. Ce sont les fameuses mesures structurelles préconisées par la Commission, la BCE et le FMI, la Troîka que l'on a vu  l'oeuvre en Grèce. Ce sont de véritables outils de coercition sur les Etats qui sont ainsi mises en place.
Il n est pas inutile de rappeler que la Commission est intervenue en plein milieu de la campagne électorale pour rappeler la France à ses obligations de réformes structurelles en insistant notamment sur la nécessité de "poursuivre" la réforme des retraites. Autrement dit Nicolas Sarkozy n'en a pas fait assez.
En prime, les Etats signataires du Traités s'engagent à réduire à marche forcée leur dette qui devra être réduite à un rythme moyen d'1/20ème par an. La dette de la France est d'environ 89% de son PiB. C'est donc 28 milliards d'euros supplémentaire qu'il va falloir trouver. Autant d'argent qui, bien sûr, ne pourra pas être consacré à d'autres politiques publiques. C'est plus ou moins le coût du financement de la retraite à 60 ans pour tous et toutes. Il s'agit en réalité d'institutionaliser le soutien inconditionnel et sans contreparties mises en oeuvre depuis 2009 au profit des banques au mépris des intérêts des peuples européens.
Leur Europe politique ne se fait qu'au seul bénéfice des puissants et peu importe que leurs politiques entrainent peu à peu l'Union européenne dans la récession.
Alors nous, nous disons : ça suffit. Quand de tels transferts de souverraineté nationale sont opérés, le peuple doit être consulté. C'est lui et lui seul qui doit décidé.
Tout doit être mis en oeuvre pour faire capoter ce Traité. La manifestation du 30 septembre doit être la plus large possible. Mobilisons-nous en ce sens.

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Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche