Chronique d'une eurodéputée n°28 : De retour du Forum social mondial à Tunis

Chronique d'une eurodéputée n°28 : De retour du Forum social mondial à Tunis

Au moment où j’écris ces lignes, je rentre tout juste du Forum social mondial qui s’est tenu à Tunis du 26 au 30 mars. Je veux tout d’abord vous dire combien je suis fière d’avoir participé à ce FSM dont on s’est longtemps demandé s’il pourrait avoir lieu compte tenu de la situation politique en Tunisie.
En effet, dans ce pays qui a ouvert la voie à ce qu’il est convenu d’appeler « les Printemps arabes », une part croissante de la population et notamment la jeunesse a de plus en plus l’impression de s’être fait voler sa Révolution. Et on les comprend.

L’assassinat de Chokri Belaïd, leader du Parti des Patriotes démocrates, figure populaire s’il en était, a eu un effet d’onde de choc. 1,4 million de personnes sont descendues dans la rue pour lui rendre hommage et son image nous a accompagnée tout au long du FSM.
Avec les délégations de la Gauche unitaire européenne et du Front de Gauche, nous avons tenu à partager de nombreux moments de solidarité avec nos amis du Front populaire qui regroupe onze mouvements de la gauche alternative en Tunisie et qui peut être considéré comme une sorte de frère jumeau du Front de Gauche. Nous avons pu constater combien nos analyses sur la situation politique mondiale étaient proches et combien il était important de partager nos combats de chaque côté de la Méditerranée.
La Tunisie est confrontée à une situation économique et sociale dramatique. La « Troïka » au pouvoir, puisque tel est le nom que nos amis tunisiens donnent à la coalition de trois partis qui participe actuellement au gouvernement (à ne pas confondre avec celle dont nous parlons habituellement au sein de l’UE), ne répond en rien aux attentes populaires de la Révolution tunisienne. Pire, elle semble de plus en plus confisquer le pouvoir. Il y a en effet maintenant près de 18 mois que les Tunisiens ont élu une Assemblée constituante. Quel que soit l’analyse que l’on puisse avoir des résultats de ces élections, ce n’était qu’une assemblée provisoire devant doter la Tunisie de nouvelles institutions et devant permettre la tenue d’élections législatives rapides. Or la date de celles-ci n’est toujours pas fixée et le plus probable est que la Constitution ne verra pas le jour avant plusieurs mois. Reste à espérer que la pression des salafistes sur l’aile la plus dure d’Ennahda et les ligues des gardiens de la révolution ne feront pas basculer la Tunisie dans une nouvelle dictature.
Les responsabilités de l’Union européenne et de ses Etats membres sont lourdes.  Alors que leur soutien à Ben Ali avait été inconditionnel jusqu’à la chute du dictateur, on a vu fleurir les belles promesses notamment lors du Sommet dit des donateurs à  Deauville ; mais aujourd’hui, les faits sont là ; rien n’a changé. Et l’accord  de partenariat soi-disant privilégié mis sur la table est quasiment le même que celui qui était négocié sous Ben Ali. Il n’est question que de libéralisation notamment des services et de l’agriculture avec les conséquences que l’on peut imaginer pour les populations concernées et notamment pour les agriculteurs tunisiens. Plutôt que de faire pression sur le gouvernement tunisien afin de soutenir la transition démocratique, les dirigeants européens sont toujours obsédés par les seuls intérêts des grandes entreprises européennes ou prétendues telles.
Comment ne pas être en rage quand on voit que l’UE n’a été capable de dégager que quelques dizaines de millions d’euros pour le développement régional des régions du sud et du centre de la Tunisie alors que ce sont celles où a éclaté la Révolution. Comment se taire quand on sait que des millions d’euros provenant de l’enrichissement du clan Ben Ali sont toujours gelés dans les banques européennes et notamment françaises et que la Banque européenne d’investissements et l’Etat français qui sont, avec la Banque mondiale, les principaux créanciers de la Tunisie continuent non seulement d’exiger le paiement de la dette mais pire l’aggravent.
Alors oui plus que jamais il faut construire des solidarités de chaque côté de la Méditerranée. Ce Forum social nous a ouvert des pistes. Sachons-nous en saisir.

Commentaires

BRAVO

Excellent aricle ; en peu de mots on sait enfin ce qui se passe en Tunisie ; pas d'autre commentaire ; c'est bien et utile ; merci OLIVIER GEBUHRER

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Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche