De retour de Hongrie : partagée entre inquiétudes, rage et impuissance

27/07/2013 - J’ai passé quatre jours en Hongrie autour du week-end dernier.J’étais invitée pour la clôture de la Green academy des Verts d’Europe centrale et orientale et j’en ai profité pour rencontrer un certain nombre d’interlocuteurs et faire le point avec eux notamment après le vote par le Parlement européen d’un rapport sur la situation des droits de l’Homme dans ce pays auquel j’ai largement participé comme porte-parole de la GUE/NGL. Je rappellerai que ce rapport a été adopté à plus de 380 voix, soit une très forte majorité ce qui n’en fait en rien un rapport de gauche. Contrairement à ce que s’ingénie à faire croire Viktor Orban et le FIDESZ, ce rapport a bel et bien été voté par une partie de la droite.

Je veux d’abord remercier les Verts hongrois de m’avoir invitée à leur Green academy qui est en quelque sorte leur Université d’été au bord du lac de Velence. Nous avons eu un débat riche autour des questions de citoyenneté et de démocratie dans l’UE et j’ai pu une fois de plus constater que, sur ces sujets, Gauche européenne et Verts européens convergeaient largement.Mais je veux surtout vous rapporter ici le sentiment global sur ce que j’ai pu recueillir en ce qui concerne la situation en Hongrie. Et je ne suis guère optimiste.L’impression dominante est que le pays est de plus en plus placé sous l’emprise du FIDESZ et de ses dirigeants et notamment de Viktor Orban et de quelques-uns de ses proches. Et cela vaut tant du point de vue politique que du point de vue économique.Viktor Orban pratique en même temps un libéralisme et un nationalisme assez particulier ce qui lui permet de dénoncer les multinationales et l’Union européenne tout en étant vice-président du PPE, le principal parti de la droite européenne et de distribuer à ses amis politiques en Hongrie les terres agricoles, les marchés publics ou les bureaux de vente de tabac pour ne parler que des derniers scandales. Certains parlent de capitalisme national ou nationaliste, je pense qu’il est plus juste de le qualifier de FIDESZien, voir d’orbanien. Ayant rencontré à deux reprises « Transparency international » au cours de mes déplacements en Hongrie, j’ai pu les entendre dire que, certes, la corruption existait déjà sous le précédent gouvernement (et cela a beaucoup contribué à déconsidérer le parti socialiste hongrois, le MSZP) mais qu’aujourd’hui, elle était plus généralisée, légalisée et centralisée. Tout un programme…Même volonté de mainmise du parti au pouvoir dans la fonction publique où j’ai appris lors de ce dernier voyage  qu’une chasse aux sorcières avait été ouverte jusqu’à des niveaux assez bas de hiérarchie puisque cela concerne les niveaux équivalents à ceux de rédacteur.Même tableau dans les médias, notamment mais pas seulement publics, où les journalistes ont été soit licenciés, soit ont peur de l’être quand ils ne sont pas proches du pouvoir. Résultat on ne peut pas dire que la liberté d’expression se porte bien mais ça je le savais déjà.On m’a également dit qu’un an avant les nouvelles élections législatives, Viktor Orban manœuvrait assez bien l’opinion publique, au-delà de son discours nationaliste et anti-européen(le Jobbik, parti d’extrême droite antisémite et anti-roms est autour de 15 % dans les sondages), en faisant des promesses à certaines catégories sociales. Certains de mes interlocuteurs m’ont laissé cependant entendre que vu la situation budgétaire de la Hongrie, cela risque de n’être que de belles promesses n’engageant que ceux qui les entendent.Et ce que l’on sait moins, c’est que la situation sociale dans le pays est assez dramatique avec 40 % de la population en deçà du seuil de pauvreté, ce qui est déjà un des pires pourcentage de l’UE mais surtout avec plus d’un million de personnes en situation d’extrême pauvreté, soit plus de 10 % de la population et là, c’est un taux record. Ai-je besoin de préciser que ces populations sont majoritairement des populations roms !La situation n’est donc guère encourageante d’autant que les progressistes et mouvements de gauche sont pour le moins assez divisés. Le LMP (Lehet Mas a Politika, Une autre politique est possible) qui avait émergé en 2010 vient  mêmelui-même de scissionner et donner naissance à un nouveau parti le PM (Parbeszed Magyarorszagért, Dialogue pour la Hongrie). Lors des prochaines élections, le taux d’abstention risque d’être record pour le grand bénéfice du FIDESZ et du JOBBIK.Un élément m’a enfin beaucoup frappé. Plusieurs de mes interlocuteurs m’ont exprimé le même sentiment sous divers formules : les Hongrois ont de nouveau peur comme dans les années 70 sous Kadar ou même dans les années 30 sous le sinistre Horthy. Depuis mon retour, cette phrase est comme un leitmotiv dans ma tête. J’enrage de voir l’impuissance des institutions européennes à sanctionner les dérives d’un de ses Etats membres. Et je ne cesse de me demander comment nous pourrions au mieux aider le peuple hongrois et tout particulièrement nos ami(e)s de Munkáspárt 2006, membre du parti de la Gauche européenne avec qui j’ai une nouvelle eu beaucoup de plaisir à échanger.Ne pas me taire et vous raconter ce que j’ai vu et entendu est sans doute la principale arme dont je dispose. C’est pourquoi j’ai tenu à faire ce billet.

Créé avec l'aide de Drupal, un système de gestion de contenu "opensource"

Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche