De retour de Turquie, drôle de climat !- Chronique pour le Travailleur alpin

De retour de Turquie, drôle de climat !- Chronique pour le Travailleur alpin

Travailleur alpin, novembre 2015 : Ce 1er novembre, j’étais en mission au Kurdistan dans le cadre d'une délégation de la GUE/NGL pour observer les élections législatives en Turquie. Nous avons effectué cette mission à Sur, la vieille ville-centre de Diyarbakir où l'on a pu voir les traces des récents affrontements entre la police et les jeunes du YDJ-H quand une partie de la ville a été close durant plusieurs jours mi-octobre.

Le bilan fût lourd. Au moins 3 morts dans la population civile dont une enfant de 12 ans et un jeune homme de 27 ans qui "nourrissait des pigeons" abattu par un snipper. Diyarbakir n'est pas la ville kurde qui a payé le plus lourd tribu après la reprise des violences qui ont fait, selon le bilan officiel 150 morts parmi les forces de sécurité et plus de 2 000 parmi les « rebelles » kurdes.

Après l’attentat de Suruk, Recep Tayyip Erdogan, a littéralement instrumentalisé la question kurde pour tenter de se débarrasser du HDP. Le parti pro kurde, qui rassemble désormais largement autour de lui, a osé le défier aux élections de juin en faisant plus de 13 % des voix et en remportant 80 sièges ce qui a privé l’AKP de la majorité absolue nécessaire pour réviser la Constitution. Crime de lèse-majesté !

Au nom de la lutte contre le terrorisme, c’est une logique de répression et de peur qui a de nouveau été mise en œuvre. Il suffit de refuser de dire que le PKK est une organisation terroriste pour être arrêté.

Durant cette journée d'élections, la ville était pourtant étonnamment calme rendant plus oppressante l'omniprésence des forces de sécurité aux abords et même dans les lieux de vote. Cela a sans aucun doute pesé sur les résultats. Nous avons reçu des témoignages en ce sens. Et il est vrai qu'un curieux sentiment vous envahit quand vous suivez un dépouillement avec des hommes en armes qui vous observent de temps à autre par la fenêtre. Ce fut notre cas.

De surcroît, la campagne fut quasi monolithique. Comment pourrait-il en être autrement quand 90 % des médias sont sous contrôle d'Etat et quand la semaine précédant les élections, la police a pris de force le contrôle de deux chaînes de télévision proches de l'opposition. La liberté d’expression ressemble de plus en plus à un leurre. Les journalistes qui osent encore critiquer le régime se font rapidement menacés, interpellés, voire incarcérés(1).

Aujourd’hui, les résultats sont là. Ils ont été globalement acceptés par tous même si le HDP a demandé que l'on recompte les bulletins de vote dans quelques endroits. L'AKP a retrouvé une majorité absolue de sièges.

Dans un tel contexte, les résultats du HDP sont plus qu’honorables puisqu’il conserve 59 de ses 80 sièges et devient la troisième force politique du pays.

C'est surtout au détriment du MHP, le parti ultranationaliste, que l'AKP s'est refait une santé puisque ces derniers ont perdu la moitié de leurs 80 sièges.

Les premières déclarations de Recep Erdogan après les élections n’incitent guère à l’optimisme d’autant que, dès le lendemain des élections, la répression a repris de plus belle.

Il y a donc urgence à continuer de soutenir le peuple kurde et tous les démocrates de Turquie et de mettre la priorité sur l’indispensable reprise du dialogue autour du processus de paix interrompu avant même les élections de juin.

 

(1) La Turquie est 149e sur 180 dans le classement de la liberté de la presse

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Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche