Démographie et géopolitique; Vous avez dit «crise migratoire»? - L'Humanité

Démographie et géopolitique; Vous avez dit «crise migratoire»?  - L'Humanité

Je vous invite à lire mon interview dans l'article de l'Humanité du 1er octobre 2018 intitulé "Démographie et géopolitique; Vous avez dit «crise migratoire»?"

Voici l'extrait de l'article reprenant mes impressions sur le droit à la mobilité, également accessible sur le site de l'Humanité

 

Un droit à la mobilité

Marie-Christine Vergiat
Députée GUE-NGL au Parlement européen

Le terme de crise migratoire a envahi la scène politique et médiatique européenne. Mais de quoi parle-t-on?

Un migrant est quelqu’un qui quitte un pays pour aller s’installer dans un autre pour au moins un an. Les raisons de migrer sont de plus en plus diverses et complexes, s’entremêlant les unes aux autres. On peut migrer pour travailler, se marier, faire des études, fuir les persécutions et les conflits… et la majorité des migrations internationales se font de façon régulière.

Il y a actuellement 258millions de migrants internationaux dans le monde, soit 3,3% de la population mondiale, contre 2,9% en 1990. Ce chiffre a augmenté ces dernières années mais de façon relative au regard de la révolution des moyens de communication et de transport. Aujourd’hui, les migrations concernent quasiment tous les pays du monde qui sont à la fois pour le départ, l’arrivée et le transit; la France n’y échappe pas avec un solde migratoire quasiment nul. Les migrations se sont mondialisées. 105millions de migrants sont originaires d’Asie, 60millions d’Europe et 36millions d’Afrique. Au prorata, ce sont toujours les Européens qui migrent le plus.
Et hors migrations intra-européennes, chaque année, entre 2millions et 2,5millions de personnes migrent régulièrement vers l’UE, chiffre relativement stable depuis plusieurs années (en moyenne 200000à 250000en France).

Quand on nous parle de migrants, ce sont surtout ceux contraints venant de pays du Sud, et ce comme pour mieux justifier la séparation stupide entre bons réfugiés et mauvais migrants économiques.

Les politiques migratoires européennes se durcissent depuis des années mais seulement vis-à-vis des pays du Sud, notamment des anciennes colonies.

Des hommes, des femmes et des enfants sont livrés aux mains des passeurs et des trafiquants et risquent leur vie parce qu’ils ne peuvent bénéficier de voies d’accès régulières vers l’UE. Or, l’immense majorité de ceux qui ont traversé la Méditerranée sont des réfugiés potentiels, majoritairement syriens, afghans, irakiens, érythréens, soudanais et venant de pays ravagés par des conflits dans lesquels certains pays européens, dont le nôtre, ont leur part de responsabilité, sans parler du pillage des ressources naturelles par des multinationales européennes et du soutien à des dictateurs corrompus. Leur nombre a été très important en 2015 mais il s’est considérablement réduit depuis et de nouvelles routes s’ouvrent.

S’il y a crise, c’est une crise mondiale des réfugiés (1) et 85% des réfugiés sont accueillis dans des pays en développement. S’il y a crise, c’est une crise de l’accueil des réfugiés en Europe, de solidarité des pays riches vis-à-vis des pays pauvres, mais aussi à l’intérieur de l’UE. Si les États européens avaient fait preuve d’un minimum de solidarité, nous n’aurions pas un Salvini qui donne des leçons au président de la République française en lui demandant, à juste titre, d’ouvrir la frontière entre la France et l’Italie. Les politiques migratoires européennes impulsées de plus en plus par les seuls États sont donc électoralistes, inégalitaires, racistes et xénophobes. Elles alimentent nationalisme et montée des extrêmes droites, au lieu de s’appuyer sur la réalité des mouvements de populations et de la démographie européenne.

À la veille des élections européennes, il est temps d’expliquer les enjeux du défi migratoire au même titre que ceux du défi écologiste, et de dire que les politiques actuelles sont contraires au droit international et aux valeurs de la Déclaration universelle des droits de l’homme, dont nous fêterons cette année le 70e anniversaire, notamment de son article premier. Il est temps de promouvoir un vrai droit à la mobilité permettant à chacun-e de se déplacer à travers le monde quelle que soit son origine. Seulement un tiers des habitants de la planète bénéficie aujourd’hui de ce droit.

(1) Ils sont 68,5millions de déracinés dans le monde dont 40millions de déplacés internes (qui ne quittent pas leur pays).

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Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche