Ici et là-bas - chronique pour le Travailleur alpin

La « nouvelle » Commission européenne présidée par l’ancien Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker a enfin été mise en place lundi 3 novembre après adoubement par le Parlement européen, du moins par sa majorité (423 voix pour, 209 contre et 67 abstentions).

Monsieur Juncker a fait moins bien que Manuel Barroso tant en 2004 qu’en 2009. Ladite majorité n’a vraiment pas de quoi être fière car la petite cuisine entre ami(e)s que j’ai dénoncée le mois dernier a tourné à la mauvaise farce. Les propositions du nouveau Président de la Commission ont été acceptées quasiment sans modification. Peu importe que l’Espagnol Canete, commissaire à l’énergie et au climat,  ait des intérêts dans l’industrie pétrolière ou que le Hongrois Tibor Navracsics, chargé de la culture de l’éducation et de la citoyenneté, soit le ministre qui a porté les réformes les plus liberticides du gouvernement de Victor Orban. Ce ne sont que de tristes caricatures de ce qu’il ne fallait pas faire. A la GUE/NGL, nous n’avions guère d’illusions mais on peut dire qu’ils n’ont même pas fait semblant. Ce fut « je te tiens, tu me tiens, touche pas à mon commissaire sinon je nous débarrasse du tien ».

Cela m’a donc fait beaucoup de bien d’aller prendre l’air en Tunisie pour participer à la mission d’observation électorale de l’Union européenne. Et je peux témoigner que comme en 2011, les élections se sont bien passées. Mais comme en 2011 également, le résultat laisse un goût un peu amer. Je ne sais si avoir résisté ou non à Ben Ali ne paye plus comme le titrait un article sur le sujet que j’ai lu récemment mais j’ai pu constater que cette question n'était quasiment pas abordée dans la campagne. J'ai été une fois encore mal à l'aise en voyant que le débat se focalisait entre islamistes et anti islamistes, les uns et les autres jouant de cette thématique pour éviter d'aborder d'autres sujets et notamment les questions économiques et sociales.

Il faut dire que là-dessus Nidda Tounes et Ennadah sont totalement d'accord : ils sont aussi libéraux les uns que les autres. Les vrais enjeux de la Révolution tunisienne ont donc encore une fois été mis de côté et je ne peux m'empêcher de penser que cela explique pourquoi tant de jeunes n’ont pas été voter.

Aucun de ces deux grands partis ne peut gouverner seul : 85 sièges pour le premier et 69 pour le second dans une assemblée qui compte 217 sièges. Quelle  majorité parlementaire va pouvoir se dégager et comment va se passer la campagne pour les élections présidentielles alors qu'Ennadah a fait le choix de ne pas avoir de candidat.
Beaucoup de questions restent ouvertes et on peut féliciter nos ami(e)s du Front populaire d’avoir réussi à faire élire 15 députés. Quatrième groupe politique, juste derrière le parti de l’argent (l’UPL) ils vont avoir un rôle important à jouer tout comme la société civile tunisienne qui a plus que jamais son mot à dire. Sachons être à leurs côtés !

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Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche