Interview de Marie Christine Vergiat, députée européenne front de gauche - Actu Citoyenne

Interview de Marie Christine Vergiat, députée européenne front de gauche - Actu Citoyenne

Je partage avec vous mon interview pour Actu citoyenne pour faire le bilan de ces deux mandats en tant que députée européenne à la veille des prochaines élections.

Je ne me représente pas mais je ne renonce bien sûr pas au combat politique.

J’ai envie de le poursuivre autrement en ayant plus de libertés.

Et je ne doute pas d’avoir encore de nombreux combats communs avec tou-te-s mes ami-e-s communistes.

Cette interview est accessible sur la page Facebook d'Actu Citoyenne.

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1) Vous avez annoncé renoncer à vous présenter aux élections européennes en partie à cause de la division de la gauche, comment expliquez-vous cette division ?Pourquoi d'après vous aucune formation politique de gauche ne semble sortir du lot.

J’ai décidé, il y a plusieurs mois, de ne pas me représenter aux élections européennes. Je l’avais dit à un certain nombre de mes ami-e-s et notamment de responsables du Parti communiste grâce au soutien duquel je suis devenue députée européenne en 2009 dans le cadre d’une liste de rassemblement présentée par le Front de Gauche. J’ai été réélue en 2014 dans le même cadre.
J’avais ajouté que la seule chose qui me ferait changer d’avis était justement une liste de rassemblement. Or, c’est le contraire qui se passe.
A un moment où le rapport droite/gauche n’a jamais été aussi faible, les uns et les autres choisissent de partir sous leurs propres couleurs.
J’ai l’impression que le schéma des élections présidentielles se reproduit en pire.
Je ne m’explique les choses. Je les constate et je n’en suis pas.

2) Allez-vous quand même vous engager dans la campagne des européennes, où vous soutenez Ian Brossat, si oui comment ?

Je soutiendrai la liste du PCF conduite par Ian Brossat et je réponds aux invitations qui me sont faites.
Beaucoup de camarades souhaite notamment dans la circonscription dans laquelle j’ai été élue que je vienne parler du bilan de mes deux mandats et de mon expérience de députée européenne. D’autres connaissent mon engagement sur les droits de l’Homme et tout particulièrement sur la question migratoire.
Le contact avec les militants a toujours été pour moi quelque chose d’essentiel.
J’ai envie aussi de voir avec eux comment nous pourrons poursuivre les combats qui nous ont été communs pendant ces dix dernières années.
Je ne renonce pas au combat politique, j’ai envie de le poursuivre autrement en ayant plus de libertés.

3) Quel bilan tirez-vous de vos mandats européens ? Vos fiertés ? Vos déceptions ? Qu'avez-vous appris/découvert à travers l'exercice de ces mandats ?

J’ai souvent dit au cours de ces dernières années que ce mandat était à la fois fabuleux et ingrat.
En 2009, c’était mon premier mandat mais je n’aurais pu rêver mieux.
C’est un mandat passionnant mais difficile quand on veut le faire correctement.
J’ai appris beaucoup de choses et notamment qu’il n’est pas vain de croire dans la construction d’un autre modèle européen et que nous sommes plus nombreuses et nombreux que l’on ne veut bien souvent le croire en France à nous battre pour cela.
J’ai appris aussi à être encore moins « ethnocentrée », à penser en tenant compte de nos histoires politiques très différentes d’un pays à l’autre, à voir d’abord ce qui est commun car c’est comme cela que l’on peut dépasser les égoïsmes nationaux et construire un intérêt général européen commun à tous les peuples européens qui vivent les mêmes injustices, les mêmes inégalités et qui pâtissent tous des mêmes politiques ordo -libérales. Nombre de problématiques dépassent aujourd’hui nos frontières et il n’est plus possible de croire qu’il peut y avoir des solutions dans un seul pays. C’est le cas notamment pour le climat ou les migrations.
J’ai mené beaucoup de combats pour les droits de l’Homme à l’intérieur de l’Union mais aussi hors Union européenne : pour la Tunisie, le Maroc, les pays de la Corne de l’Afrique ou ceux du Golfe ou encore pour défendre les droits des minorités et notamment ceux du peuple kurde. Cela m’a permis de rencontrer des gens extraordinaires qui ont une force incroyable malgré la répression qu’ils subissent le plus souvent quand ils n’agissent pas au quotidien en risquant leur vie.
Mais le combat qui m’a le plus marqué est celui sur les migrations. J’en ai découvert les évolutions mondiales et la façon dont ceux qui nous gouvernent instrumentalisent cette question, mentant de façon cynique, refusant l’entrée sur nos territoires et refoulant celles et ceux qui ont le plus besoin de protection. Ils osent même prétendre lutter contre les causes profondes de migrations alors qu’ils passent des accords de libre-échange avec les dirigeants des pays les plus corrompus du monde au détriment des populations des pays concernés mais pour le plus grand bénéfice des multinationales dites européennes.
Au bout de 10 ans de mandat, ce qui me déçoit le plus, c’est la méconnaissance persistance du fonctionnement des institutions européennes. Le « C’est la faute à l’Europe » ou « le Parlement européen ne sert à rien » qui empêchent le plus souvent tout dialogue au plus grand bénéfice de ceux qui nous gouvernent au niveau national. Cela donne de l’espace à des gens qui, comme Emmanuel Macron, veulent nous faire croire à « une renaissance européenne » comme s’ils ne faisaient pas partie de ceux qui enfoncent l’Union européenne dans l’ordo-libéralisme. L’Union européenne est d’abord ce que ces Etats membres en font et la plupart des décisions ne peuvent pas être prises s’ils ne sont pas très largement d’accord.

4) Comment êtes-vous devenue députée européenne ?

En mars 2009, j’ai été contactée par un responsable du Parti communiste qui m’a demandé si j’accepterais de conduire une des listes soutenues par le Front de Gauche. Je crois, j’ai toujours cru au rassemblement des gauches. J’ai soutenu le Front de Gauche dès que l’initiative a été lancée fin 2008.
De surcroît, j’y ai vu comme un défi en tant que femme. On râle toujours de voir le nombre insuffisant de femmes en politique. Je me suis donc dis que je ne pouvais refuser cette proposition.
Nul ne croyait alors que je pouvais être élue et moi pas plus que les autres.
On m’avait cependant prévenue que c’était quand même une hypothèse possible et que si tel était le cas, il ne faudrait pas que je me dérobe.
Et j’ai été élue en 2009 et réélue en 2014…

5) Quels combats comptez-vous mener désormais ?

J’ai toujours été militante ou presque. J’ai attrapé le virus pendant mes études et il ne m’a jamais lâché.
Donc je ne vais pas arrêter au motif que je ne serai plus députée européenne.
J’ai une chance extraordinaire car la fin de ce mandat correspond à l’âge où je vais avoir droit à une retraite à taux plein.
Donc je vais pouvoir choisir ce que j’ai envie de faire, là où j’ai envie de militer, autour de quels combats tout en profitant un peu du temps qui passe. Je veux retrouver du temps pour lire, aller au cinéma, voir des expositions…
Je veux aussi revenir à ce qui constitue ma colonne vertébrale : les combats pour les droits de l’Homme mais peut être en les réorientant sur ce que j’ai appris au cours de ces dernières années, c’est-à-dire en intégrant une dimension européenne et même internationale.
Et bien sûr, je ne veux pas lâcher les questions migratoires. Peut-être arriverai-je à écrire un livre sur le sujet. Si tel est le cas, je l’appellerai : « Pensons les migrations autrement ».

6) Quel est votre avis sur la mobilisation des gilets jaunes ?

J’ai envie de dire que les « Gilets Jaunes » sont un syndrome de notre époque.
L’augmentation du prix du carburant a agi comme un détonateur face à une population qui se sentait méprisée, ignorée et qui voyait sa situation de plus en plus se détériorée. Leurs principales revendications portent sur des mesures de justice sociale et notamment fiscale.
Ils ont bénéficié d’une visibilité médiatique étonnante, notamment aux débuts, surtout si on compare aux mobilisations autour de la loi El Komri qui avait mobilisé un nombre beaucoup plus important de manifestants et cela se retourne un peu contre eux aujourd’hui.
C’est un mouvement aux formes inédites. Ce sont dans l’ensemble des gens assez peu politisés qui refusent tout leadership et toute récupération politique.
J’ai eu l’occasion de dénoncer au Parlement européen les violences policières dont ils sont victimes et c’est moi qui suis à l’origine de la résolution qui a été adoptée à ce sujet par plus de 430 députés européens.
Les forces de police font un usage disproportionné de la force notamment des LBD avec les conséquences dramatiques que l’on sait notamment en termes de mutilations.
Pour autant, je dénonce et dénoncerai toujours toutes les violences car elles décrédibilisent l’ensemble du mouvement alors qu’elles ne sont le fait que de quelques-uns dont on n’est même pas sûr qu’ils soient » Gilets Jaunes ».
Emmanuel Macron et son gouvernement en ont profité pour reteindre encore un peu plus les libertés publiques et je crains que cela ne soit pas fini.

Je ne doute pas d’avoir encore de nombreux combats communs avec tou-te-s mes ami-e-s communistes.

 

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