Interview pour Cerises sur les enjeux des élections européennes

Interview pour Cerises sur les enjeux des élections européennes

Je vous invite à lire mon interview pour Cerises sur les enjeux des prochaines élections européennes de mai 2019. L'occasion de recentrer le débat sur les questions de fond et d'envisager les rapports de force à construire au sein du prochain Parlement européen.

1.   Il y a une forte controverse à gauche autour de l'Union européenne. Comment abordez-vous la question européenne ?

Tout d’abord, que veut dire aborder la question européenne ?
Dans le monde d’aujourd’hui, surtout pour des internationalistes, vouloir se replier à l’abri de la Nation n’a aucun sens.
De plus, réduire le débat, comme cherche à le faire Monsieur Macron, à la seule opposition entre des pro-européens qui seraient progressistes (comme lui !) et des antieuropéens résumés à toutes celles et ceux qui ne pensent pas comme lui n’a pas plus d’intérêt, voire est mortifère car le nationalisme liberticide des Salvini et Orban n’est que le revers de la médaille ordolibéraliste de tant d’autres. Il y a mille et une façon d’être pro ou anti-européen. Pour ma part, je me définis comme alter-européenne.

Et j’ai tendance à penser que les controverses institutionnelles, censées nous opposer, servent de prétexte à empêcher toute discussion de fond pouvant montrer que nos points d’accord sont plus importants que nos points de divergence.

La question des Traités notamment est brandie comme la question essentielle. Loin de moi, l’idée de dire qu’il ne faut pas modifier les traités mais ce n’est pas vraiment l’enjeu de ces élections européennes. Quel que le soit le point de vue que l’on ait sur cette question, le prochain mandat des parlementaires européens aura lieu dans le cadre des Traités actuels. La modification des Traités est une prérogative des Etats et il faut l’unanimité au sein du Conseil. Donc dépassons cette question et pensons à construire des rapports de forces. C’est ainsi que nous avons sauvegarder le statut des dockers, refuser l’accord ACTA (sur la contrefaçon et les droits de propriété intellectuelle), interdit la pêche électrique. Et il ne nous a manqué que quelques voix pour rejeter la directive qui permet aujourd’hui la réforme de la SNCF ou pour adopter les premières étapes d’une harmonisation vers le haut des systèmes de protection sociale.

Il ne viendrait à l’idée de personne en France de faire du changement des institutions de la Vème République un préalable à tout débat sur les politiques nationales…C’est la même chose au niveau européen et chacune de nos batailles devraient être un outil pour la construction de nouveaux rapports de forces.

2.    En quoi votre approche serait-elle immédiatement opérationnelle ?

J’ai siégé pendant 10 ans au sein de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique. Nous y avons mené des batailles comme cela se fait au niveau national mais avec l’avantage qu’au Parlement européen il n’y a jamais de majorité totalement figée.

C’est en construisant en permanence des rapports de forces avec les acteurs de terrain, les mouvements sociaux que l’on fait bouger les lignes d’autant que le niveau européen et le niveau national ne doivent pas s’opposer. Ce sont les Etats membres qui décident de ce qu’ils veulent ou non laisser comme compétence au niveau européen. Ce sont eux qui imposent ou rendent impossibles telle ou telle décision. Il serait utile de se demander plus souvent quelle est la ligne réellement défendue par notre gouvernement au sein du Conseil. Il devrait y avoir transparence en ce domaine.

La politique en matière migratoire est particulièrement illustrative de cela car on ne cesse de parler des politiques européennes de migration alors que, dans les faits, ce sont bien les Etats qui restent maîtres d’œuvre des décisions par exemple en matière de visas ou de titres de séjours et qui ne veulent pas lâcher leurs pouvoirs de décision.

3.   Comment expliquer la capacité de récupération de mots d’ordre de gauche par l’extrême-droite ?

C’est curieux, moi j’ai exactement le sentiment inverse.

C’est plutôt du côté de la droite voire de l’extrême droite qu’il y a hégémonie culturelle. On ne cesse de nous dire qu’il y a trop d’Etat, de charges sociales, d’impôts, de fonctionnaires sans plus se demander à quoi cela sert ! Et il devient de plus en plus difficile de se battre pour une autre répartition des richesses ou de démontrer le lien entre suppressions des services publics et montée des inégalités ou encore le rôle des dits services publics dans la lutte contre le changement climatique en matière de logement, de transports ou d’énergie par exemple.

Et je ne parle pas de l’invasion migratoire, du "grand remplacement", des menaces sur l’identité française ou européenne, voire des "travailleurs détachés qui volent le pain des Français".

Alors l’extrême droite peut bien en prime tenter de nous faire croire qu’elle serait devenue écologiste et sociale, voire grande défenseuse de la liberté des femmes. Rien n’est plus faux. Il suffit de voir ses votes au Parlement européen.

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Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche