Interview pour la Marseillaise « Un à deux milliards à l’échelle de onze états européens, c’est peanuts ! »

Interview pour la Marseillaise « Un à deux milliards à l’échelle de onze états européens, c’est peanuts ! »

20/02/2014 - Voici l'interview publiée dans le journal la Marseillaise en réaction aux propositions françaises dans le cadre du projet de taxation des transaction financières.

 
La Marseillaise. La France veut exclure de la taxe les « produits dérivés », ce qui en affaiblit considérablement l’efficacité. Comment réagissez-vous ?
 
Marie-Christine Vergiat. C’est désespérant. Beaucoup de gens, notamment à gauche, espéraient beaucoup de la victoire de 2012 au niveau du parlement européen. Quand on voit, c’est le cas sur cet exemple précis de la taxation des transactions financières, que M. Moscovici se situe à la droite de Mme Merkel, on ne sait plus quoi penser…  Quand on voit que le Gouvernement français s’ingénie à sortir les produits dérivés de l’assiette de la taxation financière, on marche sur la tête. Ce sont les produits les plus spéculatifs ! Autant dire que ça ne sert à rien. Les chiffres sont là pour le dire. Avec les produits dérivés c’est 35 milliards. Sans, c’est 1 à 2 milliards. A l’échelle de 11 états c’est peanuts ! Tout ça pour que les banques continuent à étrangler tout investissement possible, même quand les entreprises le demandent ? Mais que la France s’aligne au moins sur le parlement européen pour cette démarche ! On pouvait espérer ça d’un gouvernement de gauche ! Là, nous sommes dans une situation où le gouvernement allemand accepte cette position et le gouvernement français recule sous la pression des lobbies financiers.
 
La Marseillaise. Comment, selon vous, devraient réagir les élus de gauche ?
 
Marie-Christine Vergiat. Nous devons prendre chacun nos responsabilités au sein de nos formations politiques. La balle n’est plus aujourd’hui dans le camp du parlement européen. Le parlement a fait son job. Certes par rapport à ce que nous souhaitions au Front de gauche… nous aurions voulu que ça aille plus loin. J’aimerais bien qu’un certain nombre de gens commencent à dire stop. J’aimerais surtout que tout le monde ait la même position à Paris, à Bruxelles ou à Strasbourg, bref qu’il y ait un peu plus de cohérence dans le positionnement des uns et des autres. Et que les gens placent bien où se trouvent les responsabilités.
 
La Marseillaise. Tout n’est pas « la faute de l’Europe » ?
 
Marie-Christine Vergiat. On a tendance, et les gouvernements quels qu’ils soient, quelle que soit leur majorité en France ou dans d’autres états européens, à rejeter les fautes sur les institutions européennes. Sur l’exemple de la TTF, on voit bien quel est le rôle des États membres. Ce qui fait crever l’Europe en ce moment, c’est d’une part les politiques d’austérité et d’autre part le jeu des États membres. Ces derniers ont beau jeu de dire « c’est Bruxelles qui nous impose des politiques d’austérité », s’ils n’avaient pas donné leur accord, notamment via le traité budgétaire, on n’en serait pas là ! François Hollande voulait le re-négocier, il n’a rien fait. Au contraire, il ne cesse de se mettre sous les fourches caudines de politiques qu’il a ralliées. Notamment en affirmant qu’il n’y a pas d’autre alternative en Europe. Il a une responsabilité dans les traités. Moi je fais partie de ceux qui ont combattu, comme la majorité des Français, le traité constitutionnel. Que cela ait donné beaucoup de compétences à la Commission européenne c’est vrai, mais elle n’a pas toutes les compétences. Pour faire passer des textes législatifs, elle a besoin de l’accord des États membres du parlement européens.
 
Entretien réalisé par Claude Gauthier (La Marseillaise, le 19 février 2014)

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Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche