Interview pour la Revue politique du trombinoscope sur les politiques européennes en matière d’éducation

27/09/2012 - L’éducation  devrait être une priorité absolue pour l’Union européenne. Or, en ce domaine comme dans beaucoup d’autres, il y a loin de la théorie à la pratique.
Si l’on tient aux déclarations, l’éducation et la formation font partie des priorités de l’Union.
Alors que le Traité de Rome ne prévoyait aucune compétence en ce domaine, ceux de Maastricht, d’Amsterdam et de Lisbonne ont fait évoluer les choses, y compris avec un rôle accru du Parlement européen. Mais la responsabilité de ces politiques reste entre les mains des Etats et les disparités restent très importantes.
La stratégie « Education et formation 2010 » n’ayant pas atteint ses objectifs, elle a été revue mais à la baisse pour 2020. C’est très significatif. Il suffit d’en lire les objectifs chiffrés pour voir qu’ils ne sont pas à la hauteur des enjeux y compris de ceux de l’Europe de la connaissance.

• 95% des enfants de quatre ans en enseignement préscolaire,
• Moins de 15 % des jeunes de 15 ans ayant des lacunes en lecture, en mathématiques et en science,
• Moins de 10 %  de décrochage scolaire,
• Au moins de 40% d'adultes de 30 à 34 ans ayant un niveau de troisième cycle,
• 15% des adultes (25 à 64 ans)en formation continue.
Cela se passe de commentaires.
Autre exemple : en moyenne, 5% des dépenses publiques européennes sont consacrés à l’éducation et, dans la période de crise budgétaire actuelle, les budgets de l’éducation sont souvent les premiers frappés. Nous l’avons vu en France ces dernières années où environ 80 000 postes ont été supprimés dans l’Education nationale. Un nouveau cap semble fixé dans notre pays et je m’en félicite.
Dans cette période, il est tout à fait incongru de sacrifier la formation initiale des jeunes. Pour qu’ils soient « mobiles », qu’ils puissent changer d’emplois et s’adapter à l’évolution du travail, il faut renforcer le socle commun des connaissances. Les retards pris à ce moment-là sont bien souvent impossibles à rattraper.
Or, les dirigeants européens sont de plus en plus obnubilés par la seule adaptation aux besoins « immédiats » de l’emploi. La façon dont évolue la prise en compte du processus de Bologne en est la triste illustration. Il ne s’agit pas de nier que l’école, l’université doivent permettre aux jeunes de trouver un emploi mais de ne pas oublier qu’elles servent aussi à former des citoyens, à leur donner les moyens de prendre en main leur avenir et de s’adapter aux aléas de la vie.
Pour autant, il ne s’agit pas de jeter le bébé avec l’eau du bain, les programmes européens en matière d’éducation ne sont pas négligeables. Le succès d’Erasmus qui favorise les échanges entre étudiants et universités en est la preuve vivante même si des efforts supplémentaires pourraient être faits pour permettre à tous les jeunes, quel que soit leur milieu d’origine, de bénéficier de ce formidable outil. Malheureusement, on ne s’oriente pas dans ce sens puisqu’une des mesures phares du futur cadre financier pluriannuel en matière d’éducation envisage de créer des systèmes de prêts d’honneur plutôt que de développer les bourses.
Je reviens d’une mission au Danemark, plus précisément à Aarhus, principale université danoise qui est une « vraie » université européenne dont la moitié des étudiants ne sont pas danois et viennent y compris de pays d’Asie et d’Afrique et l’ensemble de ces étudiants bénéficient de bourses du gouvernement danois. Ce n’est qu’un exemple mais je ne peux m’empêcher de m’étonner que les bonnes pratiques ne sont retenues que lorsqu’elles vont toujours dans le même sens : celui de la diminution de l’intervention publique malgré la pression du Parlement européen.
Alors, pour faire face aux défis, il faut vraiment changer de braquet.

Commentaires

Commentaire

S'endetter pour ses études se fait déjà dans certains secteurs depuis longtemps notamment pour des études médicales privées ( podologie, kine ...) quand il ya insuffisance des structures publiques;

Cela induit des remboursement qui s'ajoutant à l'éventuel achat de cabinets indient des faillites.

Il es essentiel à mon avis de ne pas étendre ce système mais de le diminuer jusqu'à l'extinction.

Attention Erasmus est actuellement remis en question pour cause budgétaire .Outre le fait des échanges scolaires permis cela favorise la connaissance des autres et ainsi permet de lutter contre une certaine forme de rejet

Sylvie Bellancourt

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