"Migrants : la France prend-elle toute sa part ?" - Emission Europe Hebdo sur LCP / Public Sénat

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Retrouvez-moi dans l'émission d'Europe Hebo diffusée sur LCP et Public Sénat pour débattre sur la question "Migrants : la France prend-elle toute sa part ?" avec Nathalie Griesbeck, députée européenne ALDE (libéraux) et Jean Quatremer, journaliste à Libération

Cette vidéo est accessible sur la chaîne Youtube de Public Sénat.

Il n’y a pas de crise des migrants, mais il y a bien une crise humanitaire en mer Méditerranée et une crise de l’accueil des migrants notamment dans l’UE. Les États membres ne se sont pas montrés solidaires vis-à-vis de l’Italie et de la Grèce qui sont particulièrement exposées aux flux migratoires depuis la Méditerranée.

 

"Est-ce que la France respecte ses engagements vis-à-vis des demandeurs d’asile ?

La réponse est non. Il faut rappeler de quoi on parle. Les réfugiés ont des droits et des protections particulières. Ceux ne sont pas les migrants en général. Il faut aussi rappeler que chaque année, l’UE accepte sur son territoire en moyenne 2,5 millions migrants en situation régulière.

Ce qu’il se passe en mer Méditerranée c’est qu’il y a des gens qui n’ont pas de voies régulières pour venir sur le territoire de l’UE. C’est ce que dit le Parlement européen en permanence : il faut faire du sauvetage humanitaire, il faut des couloirs humanitaires, il faut accorder des visas humanitaires.

J’ai été shadow avec Mr Lopez Aguilar sur cette question du code des visas et le Conseil et les États membres ont refusé cette porte de visas humanitaires. C’est le moyen d’empêcher les morts en Méditerranée.

La France dans tout cela n’a pas pris sa part dans le système. Elle est loin d’accueillir sa part de demandes d’asile, sa proportion par rapport à sa population. Et pire, elle accorde encore moins la protection internationale par rapport à ses Etats membres. Donc nous n’avons pas de leçons à donner en la matière. Les chiffres sont très parlants, on les a beaucoup vu grâce à la presse écrite ces derniers temps avec l’affaire de l’Aquarius avec ses 629 personnes alors qu’il y a eu l’an dernier 3 millions de réfugiés dans le monde.

 

Il n’y a pas de crise des migrants ?

Il n’y a pas de crise des migrants mais on n’arrête pas tout un chacun de parler de la crise des migrants. Il y a une crise de l’accueil et il y a aussi une crise humanitaire, c’est une crise européenne, parce qu’on a laissé un certain nombre de pays, l’Italie, la Grèce, l’Allemagne, seuls par rapport à cet accueil des réfugiés, des gens qui sont d’abord et avant tout des réfugiés, notamment des Syriens.

Heureusement que Mme Merkel était là parce que l’Allemagne a accueilli 60% des Syriens qui sont arrivés sur le sol de l’UE. Et pourtant je ne suis pas proche de Mme Merkel. Mais quand j’entends Gérard Collomb qui vient nous dire qu’il y a des régions submergées, je me dis « de quoi on parle ?! ». On court après l’extrême droite.

C’est parce que nous n’avons pas de politique de solidarité européenne, parce que Dublin n’a pas été changé par rapport à la politique du premier pays entrant, parce que Mr Macron continue de courir après ce leur à renvoyer les gens vers le pays premier entrant, que nous continuerons à avoir des problèmes. Salvini en Italie va continuer son cinéma.

 

On peut faire mieux dans l’accueil ?

La journaliste dit deux choses contradictoires : la personne dublinée doit être renvoyée et finalement la personne voit sa demande acceptée. Dans le règlement Dublin, c’est effectivement ça : le premier pays entrant est obligé d’accepter, y compris le renvoi, alors que le pays vers lequel il y a un mouvement « secondaire », lui n’est pas obligé de renvoyer. Compte tenu de la situation de la France, je pense qu’un certain nombre de gens devraient voir leur demande d’asile acceptée en France, examinée conformément à la Convention de Genève. Le règlement de Dublin tel qu’il existe et tel que les États membres veulent le durcir est contraire à la Convention de Genève. Chaque personne a le droit de voir sa demande examinée individuellement.

(...)

Chaque année, il y a 250.000 personnes qui arrivent régulièrement sur le sol français. Il y en a 2,5 millions qui arrivent sur le sol européen. Parmi, ¼ de migrants économiques. Mais on n’en parle pas de ces gens-là, parce qu’il y a une différence entre les pays du Nord et les pays du Sud. C’est les pays du Sud, les anciennes colonies dont on ne veut pas. La première nationalité qui arrive sur le sol de l’UE avec des titres de séjour réguliers qui sont des titres de travail ce sont les Ukrainiens qui arrivent en Pologne. La Pologne refuse les gens du Sud, elle refuse les réfugiés mais c’est le pays qui accepte le plus de migrants économiques. Donc il faut qu’on sorte de ce discours entre les bons réfugiés et les mauvais migrants économiques.

 

La société civile est-elle minoritaire ? Est-ce que c’est la ligne dure qui l’emporte dans l’opinion ?

Dans l’opinion, je ne sais pas. Je pense que le rôle des politiques n’est pas de courir après l’opinion publique. En 1981, François Mitterrand a abrogé la peine de mort, il était à contrecourant de l’opinion publique. Je crois que le rôle des politiques, notamment quand on se dit progressiste et humaniste, il faut parler des chiffres tels qu’ils sont réellement. On nous caricature les choses, et plus ça va, plus on court après les démagogues et après l’extrême droite."

 

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Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche