Tribune pour le Patriote n°3 - Des dérives autoritaires en Europe : le triste « exemple » de la Hongrie

Tribune pour le Patriote n°3 - Des dérives autoritaires en Europe : le triste « exemple » de la Hongrie

Depuis quelques jours, il est de bon ton de se pencher sur ce qui se passe en Hongrie à l’occasion de l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution hongroise. Cela se comprend tant la dérive autoritaire du régime est inquiétante.Mais pour avoir une bonne idée de la réalité, il est intéressant de revenir un peu en arrière. Viktor Orban arrive au pouvoir en Hongrie le 23 mai 2010. Le précédent gouvernement a été totalement déconsidéré et il obtient une majorité écrasante de 263 sièges sur les 386 que compte le Parlement hongrois. La Hongrie était alors le seul pays de l’ex bloc soviétique à ne pas avoir changé de Constitution après la chute du Mur, elle avait seulement procédé à plusieurs modifications et cela ne faisait l’objet d’aucun débat.

Aujourd’hui, Viktor Orban en avant l’urgence de changer de Constitution en exaltant un anti communisme primaire, ce n’est pourtant  qu’au printemps 2011 qu’il décide subitement de modifier le texte fondamental hongrois. Il le fait à la va vite sans la moindre consultation populaire en s’appuyant sur sa très large majorité au Parlement. Comment ne pas alors s’interroger sur les raisons qui l’y ont poussé ? Si ce n’est son incapacité, comme ses prédécesseurs à enrayer la crise économique et sociale.
Cette méthode de hussard n’a pas été condamné par quiconque. Compréhensible quand presque tous les gouvernements de l’Union européenne ont utilisé des  méthodes analogues pour faire adopter le Traité de Lisbonne après le rejet du Traité constitutionnel des peuples français, néerlandais et irlandais.
Le Parlement européen, reconnaissons-le a été la seule instance européenne à réagir très vite. Il l’a fait dès mars 2011 en adoptant par 316 voix pour, 264 contre et 33 abstentions, une résolution s’inquiétant de la nouvelle  loi hongroise sur les médias, puis en juillet en condamnant la nouvelle Constitution hongroise dans son ensemble là  encore avec une majorité assez large de 331 voix pour, 274 voix contre et 14 abstentions.
Il avait alors demandé à la Commission de "mener à bien un examen et une analyse approfondis de la nouvelle constitution et des lois cardinales qui seront adoptées à l'avenir, afin de vérifier leur conformité avec l'acquis communautaire et, en particulier, avec la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne".  Qu’est-il advenu depuis ? Rien du moins avant le mois de décembre.
Entretemps, le Parlement hongrois n’a pas chômé 300 lois : plus de 300 lois ont été votées dont 30 dites cardinales qui ont la particularité de ne quasiment plus pouvoir  être modifiées. Cela pourrait être admissible s’agissant de textes institutionnels. Mais qu’en est-il : d’atteintes à l'indépendance des magistrats et plus largement de toutes les autorités du même nom, de mise en cause de la liberté d'expression et du pluralisme des médias, de conception élargie de la nationalité au-delà des frontières afin d’agréger toutes les minorités hongroises alentours, de renoncement à la forme républicaine de l'Etat, de mise en cause de la séparation de l'Eglise et de l'Etat via la survalorisation des valeurs chrétiennes, de conception "étriquée" de la famille, de mise en cause des minorités et tout particulièrement des homosexuels et des Roms, d’atteintes aux libertés syndicales... La liste est longue et celle-ci comporte forcément des oublis.
On aurait pu penser que la Commission européenne, « gardienne des Traités » réagirait à la hauteur des atteintes aux valeurs soi-disant européennes. Que nenni puisqu’il a fallu attendre décembre pour voir monsieur Barroso s’insurger des risques pesant sur…. la Banque centrale européenne.
Et mi-janvier, à grand renfort de publicité, trois procédures d'infraction ont été lancées mais elle concerne justement  l'indépendance de la Banque centrale hongroise et, félicitons nous en, l'indépendance du système judiciaire et de l'autorité nationale de la protection des données.
C’est loin d’être à la hauteur des enjeux tout comme les réponses hongroises. Le discours du Premier ministre hongrois au Parlement européen confirme nos pires craintes car, non content de défendre ses valeurs nationales et familiales, il a osé affirmer que la démocratie européenne sera chrétienne ou cessera d'exister. Je me suis donc permis de rappeler à Viktor Orban que ce qui fonde la démocratie en Europe, ce ne sont pas les valeurs chrétiennes mais la liberté de conscience,  la liberté de croire dans la religion de son choix ou de ne pas croire.  De même, était-il sain de lui rappeler qu'attaquer le gouvernement hongrois, critiquer la politique du gouvernement hongrois, ce n'est s'en prendre ni à la Hongrie, ni au peuple hongrois.
Les démocrates hongrois ont été nombreux à sortir dans la rue ces dernières semaines, la manifestation de forces organisation par les nationalistes la semaine dernière ne doit pas nous les faire oublier. . Ces femmes et ces hommes ont plus que jamais besoin de notre soutien. Comme nous, ils croient que la démocratie et les droits de l'Homme sont des valeurs universelles ce que Aung Sang Suu Kyi vient tout récemment de nous rappeler si  c’était nécessaire.
Surfant sur les conséquences sociales de la crise économique et financière, que les institutions européennes démontrent chaque jour leur incapacité à gérer, la peste brune frappe aux portes de l'Europe, à coup d'exploitation des nationalismes et des peurs. Cela appelle à notre vigilance sur tous les plans et sans oublier personne. Pas plus en France qu’ailleurs.

Marie-Christine Vergiat

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Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche