Tribune pour Le Patriote n° 4 : jusqu’où iront-ils ?

Tribune pour Le Patriote n° 4 : jusqu’où iront-ils ?

Au moment où j’écris ces lignes, nous sommes à la veille du vote imposé par Nicolas Sarkozy, à l’Assemblée nationale sur le Traité relatif au mécanisme européen de solidarité (le MES). A plusieurs reprises, j’ai eu l’occasion de dénoncer la façon dont les dirigeants européens cadenassent la démocratie pour imposer des politiques ultra-libérales comme il n’en existe nulle part. La lecture de la presse internationale est assez édifiante en ce domaine. Et nombre d’observateurs s’interrogent sur la façon dont les dirigeants européens entrainent leurs pays dans la récession.

Avec le MES, on franchit une nouvelle étape. Sous couvert de solidarité européenne, c’est la règle d’or que l’on veut faire valider à la va-vite au mépris de tout débat démocratique. Rappelons que ce texte a été adopté au Conseil européen du 30 janvier et signé par les Etats membres le 2 février. Quelle précipitation ! Plus inquiétant, en France, le gouvernement veut forcer la main des députés et leur faire adopter implicitement la « sacro-sainte » règle d’or du traité intergouvernemental « sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l’union économique et monétaire », autrement dit le pacte budgétaire ou austéritaire, lequel ne devrait pas être soumis aux Parlements nationaux puisqu’’il devrait être transposé en droit européen par la méthode communautaire.
 Le tour de passe-passe est explicite. Il est, en effet, expressément écrit dans l’article 5 du texte soumis à l’Assemblée nationale que le MES ne pourra être mis en œuvre que pour les pays qui acceptent d’inscrire la règle d’or dans leur Constitution et renoncent donc à leur pouvoir budgétaire. Drôle de solidarité qui ne s’enclenche qu’en échange de tours de visse supplémentaires pour les peuples !
Quelques jours avant la traditionnelle suspension des travaux parlementaires précédant toute élection présidentielle, Nicolas Sarkozy veut donc faire entériner par l’Assemblée nationale ce qu’il a imposé au reste de l’Union européenne avec son amie Angela Merkel. Les socialistes se disent piéger et vont majoritairement s’abstenir pour ne pas se prononcer contre un soit disant mécanisme de solidarité. Et les Verts, avec Eva Joly, réclament plus de fédéralisme et trouvent le pacte de stabilité insuffisant…  C’est ce que j’appelle du fédéralisme ou de l’européanisme béat, celui que je vois opérer jour après jour au sein du Parlement européen, celui qui fait fi de la majorité politique qui domine actuellement l’Union européenne, majorité qui n’a qu’un objectif : profiter de la crise pour détruire le modèle social européen.
La logique du MES est pourtant claire : généraliser ce qui est imposé à la Grèce. Toujours plus de réductions sur les salaires, sur les retraites, sur les traitements publics… Toujours plus de démantèlement des services publics,… Qu’importe que l’on enfonce le pays chaque jour davantage dans la récession.
Faut-il préciser que le Parlement européen n’a pas été directement saisi sauf par un avis sur les travaux du Conseil européen. Nous avons vu passer un texte surréaliste dans lequel le Parlement européen s’est prononcé sur l’inutilité de la modification des Traités. Ce n’est pas faux puisque l’essentiel des dispositions sont dans le « Paquet gouvernance ». En fait, en inscrivant ces mécanismes dans les Traités européens et les Constitutions nationales, on rend plus difficile tout retour en arrière… en cas de changement de majorité politique. Moyennant quoi la grande bataille du Parlement européen s’est résumée à demander la présence de son président lors des réunions des sommets de la zone euro… Sans commentaires…
 
Mais même si je commence à être habituée à l’ambiance qui règne au sein du Parlement européen sur les questions économiques, c’est avec stupéfaction que, le 23 février dernier, j’ai entendu, le commissaire européen de service, le Slovaque Maroš Šefčovič, expliquer que certes les salaires grecs venaient d’être diminués de 22 % mais que le salaire mensuel  minimum en Grèce était supérieur de 110 euros à celui de l'Espagne et de 266 à celui du Portugal. Un tel cynisme laisse pantois. Jusqu’où peuvent-ils aller ?

Marie-Christine Vergiat

Créé avec l'aide de Drupal, un système de gestion de contenu "opensource"

Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche