Yemen : "Aucun pays n'est à l'abri de la révolte des peuples"

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Intervention au Parlement européen le 16 février 2011 - Monsieur le Président, les pays arabes sont secoués par une vague de soulèvements populaires qui les gagne tous petit à petit et j'espère que cela va continuer. Un vent de contestation sans précédent des dictatures au pouvoir dans ces pays est en marche. Ces dictatures sont en place le plus souvent avec la complicité et, au mieux, le silence de l'ensemble des régimes occidentaux. Aucun pays ne semble être à l'abri de la révolte des peuples et c'est tant mieux. Nous avons tardé, vous avez tardé à vous rendre compte de ce qui était en train de se passer dans ces pays et vous continuez à le faire.

Il a fallu attendre le 2 février pour que le Parlement européen vote une résolution sur la Tunisie et ce n'est qu'à cette session que nous en avons voté une sur l'Égypte.

Nous avions demandé, dans le cadre de ces urgences, une résolution sur l'Algérie. Cela nous a été refusé une fois de plus comme, pendant des mois, vous avez, du moins la grande majorité d'entre vous, refusé de voir ce qui se passait en Tunisie.

Aujourd'hui, des mouvements de protestation ont lieu, en ce moment même, en Iran, en Lybie, à l'égard de laquelle vous venez de donner un avis favorable, certes conditionnel, mais favorable, quand même, à un accord de partenariat, mais aussi au Bahreïn, au Yémen, pour ne citer que ceux que nous connaissons le mieux. Oui, au Yémen justement, où le président Ali Abdullah Saleh n'est au pouvoir que depuis 33 ans. En voilà une démocratie aménagée! Certes, c'est beaucoup mieux que ce qui se passe en Lybie, puisque M. Kadhafi est au pouvoir depuis 42 ans!

Nous avons été quelques-uns à dire que nous ne pouvions pas voter une résolution aujourd'hui sur le Yémen sans tenir compte de ce qui se passait dans ce pays. Des hommes et des femmes y luttent pour leur liberté. Des violences ont lieu entre partisans et opposants du régime.

Depuis le début des mobilisations, fin janvier, des centaines de personnes ont été blessées. Hier à Aden, un jeune manifestant a été tué par balles dans des heurts avec la police, qui a ouvert le feu pour disperser un rassemblement. En ce moment même, les étudiants de Saada se sont barricadés dans leur campus, là encore entourés par les forces de police, et nous restons silencieux.

Nous ne voyons au Yémen que le problème de la peine de mort pour les mineurs. Loin de moi l'idée de renoncer à l'abolition de la peine capitale, j'en ai toujours été une partisane farouche et je considère que tout pays dit démocratique qui n'est pas capable d'abolir un tel châtiment est criminel et ne devrait pas donner de leçon en matière de démocratie et de droits de l'homme, fût–il la première puissance mondiale.

Oui, cette peine capitale est encore plus insupportable quand elle s'applique à des mineurs, surtout dans un pays où on n'est pas capable d'établir une date de naissance avec certitude et où on utilise cette incapacité pour condamner à mort, au bénéfice du doute, oserais–je dire, quant à la certitude de la date de naissance prouvant que la personne était mineure au moment des faits.

Et vous voudriez que l'on vote une résolution qui ne porte que sur ce seul sujet, une résolution qui ne fait que souligner, dans son septième point, la nécessité de mener des réformes comme le souhaitent, je cite, "tant de manifestants"? C'est un peu faible.

Alors avec mes collègues verts, nous avons déposé 3 amendements pour actualiser cette résolution et j'espère que, tous ensemble, nous pourrons voter une résolution digne de ce nom.

 

Marie-Christine Vergiat

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Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche